19/05/2026
Réponse au Sheikh Abdelaziz Al Amghari : entre modestie spirituelle et mérites de la Zaouïa de Fès
Lors de son intervention à l’occasion de la Journée des Xassida, le Sheikh Abdelaziz Al Amghari a tenu des propos critiquant un talibé tidjane venu à Fès pour effectuer la ziyâra de Sidi Ahmed Tijani. Selon lui, visiter le Sheikh défunt n’aurait pas de sens puisqu’« il n’est plus vivant ». Plus encore, il a laissé entendre qu’il y aurait davantage de mérite à lui rendre visite, lui, qu’à visiter le fondateur de la Tidjaniyya.
De tels propos appellent une mise au point, dans le respect des convenances et de l’éthique spirituelle qui fondent le soufisme authentique. Car la première qualité du maître spirituel est la modestie. Aucun guide ne se place au-dessus de Sidi Ahmed Tijani et de ses héritiers spirituels.
Dès lors, une question se pose naturellement : si le Sheikh Abdelaziz Al Amghari estime avoir plus de mérite que Sidi Ahmed Tijani, pour quelle raison s’est-il rendu lui-même à la Zaouïa Tidjane de Fès ? La simple présence dans ce lieu béni constitue déjà une reconnaissance implicite de sa valeur spirituelle et de son rayonnement.
Nous rappelons également que les Tidjanes sénégalais ne manquent nullement de guides spirituels pieux et compétents pour orienter les disciples sur le chemin de Dieu. Sidi Ahmed Tijani a doté cette voie de maîtres spirituels capables d’assurer la transmission de son héritage spirituel dans la fidélité et la droiture.
Cette polémique nous donne surtout l’occasion de rappeler les immenses mérites de la Zaouïa de Fès, lieu central de la spiritualité tidjane. Plusieurs érudits et maîtres reconnus ont évoqué ses vertus exceptionnelles.
Le Sheikh Sidi Muhammad Akensus écrivait dans une lettre adressée à l’un de ses disciples :
> « Quant à l’approbation de la prière accomplie à la Zaouïa, le Cheikh — qu’Allah l’agrée — a dit : “La prière à la Zaouïa est formellement agréée.” Apparemment, cette expression se rapporte à sa propre Zaouïa, celle où il accomplissait ses prières et où il repose actuellement. Toutefois, nous espérons, par la grâce d’Allah, que ce mérite s’étende à toutes les Zaouïas qui lui sont rattachées. Et Allah est le Détenteur de l’abondante grâce. »
L’auteur de Munyah al-Murîd mentionne également ce mérite en affirmant :
> « Toute prière accomplie dans sa Zaouïa est formellement agréée. »
Dans son célèbre poème ad-Dâliyah, rédigé à l’image de la Dâliyah d’Al-Busiri, l’érudit Sidi Ahmad ibn al-Ayyashi Skiredj écrit :
> « Sa station ressemble à celle d’Abraham.
Quiconque y entre est en sécurité, et c’est la meilleure des mosquées.
La prière y est agréée sans aucun doute
Pour tout serviteur dévot à qui Allah accorde le succès. »
L’ancien sultan du Maroc, Moulay Abd al-Hafid, évoquait lui aussi ce mérite dans son poème al-Lâmiyyah al-Irfâniyyah :
> « Les prières faites à la Zaouïa sont assurément acceptées. »
L’auteur de Al-Boughya a également longuement développé ces mérites, renforçant ainsi la certitude des croyants sincères malgré les critiques et objections de certains.
Enfin, plusieurs poèmes composés en hommage à ce lieu béni témoignent de son importance spirituelle à travers les générations. Parmi eux :
> « Ô que je me repose dans ce jardin enchanté,
Où sa tombe élève ceux qui sont bien-aimés.
Quel lieu majestueux, empreint de gloire,
Chassant toute peine et toute tristesse.
Dans une Zaouïa fondée sur la piété pure,
La satisfaction divine et la rectitude sûre.
Une Zaouïa dont le secret se répand,
Parfumant chaque pays, touchant chaque contrée.
Ses racines sont fermes, son éclat monte vers le ciel,
Son ordre est divin, nul ne saurait le surpasser.Heureux celui qui la visite avec ferveur,Car les prières y sont agréées avec faveur.
Quelle source d’assistance et de lumière !
Les pôles spirituels connaissent ses vertus.Là réside l’intercesseur, présent à tout instant. »
À travers l’histoire, la Zaouïa de Fès a accueilli des générations de croyants, d’érudits et de chercheurs de Dieu. Elle demeure un lieu de recueillement, de transmission et d’élévation spirituelle. La critique facile et les comparaisons déplacées ne sauraient diminuer la place qu’occupe Sidi Ahmed Tijani dans le cœur de millions de disciples à travers le monde.