20/07/2024
Un grand merci à Alain Roussel qui a lu pour le site Terre à ciel le livre de Serge Núñez Tolin, "L’Immobilité et un brin d’herbe".
Serge Núñez Tolin, "L’Immobilité et un brin d’herbe", Le Cadran ligné
Il y a dans les choses un lieu immobile, une « île intérieure » qui se dérobe à toute pensée et qui n’est atteignable que par une présence immédiate. C’est dans cette quête d’un réel dans le réel que nous entraîne Serge Núñez Tolin dans son livre où, à chaque instant, il faut se méfier des mots, ne les laisser s’avancer que pauvrement, aux abords du silence, cette immensité sur laquelle ils s’appuient. Cette approche implique de « recevoir les choses dans leurs rapports réels, les extraire de la pensée » et par conséquent de donner la priorité aux sens, si possible dans leur pureté d’origine, avec les mots en retrait pour mieux entendre la « voix des choses sans voix ».
Même si ce poète essaie de nouer les mots au réel, celui-ci ne se laisse pas capturer aussi aisément et renvoie constamment la parole à l’impossibilité de le saisir. Tel est pourtant l’enjeu : « conduire ses mots dans ce qui ne se pense pas, s’approcher de ce brin d’herbe que l’immobilité environne ». Le trouble que l’on ressent à la lecture de ces textes brefs est d’ordre métaphysique, mais une métaphysique sensuelle qui n’a d’autre but que de « rejoindre l’immédiat », le plein de l’instant et en même temps son vide. Des mots, des choses et entre eux quelques rencontres improbables qui viennent en nous éclairer notre propre énigme : nous aussi nous appartenons au réel et dans le secret de notre corps il y a un lieu innommable qui échappe à notre pensée et probablement même à notre conscience : « L’abandon de la question, son inutilité et l’inutilité de la réponse. Ce qu’il y a : on l’habite et l’on s’y tient ».
EXTRAITS
La voix que nous avons sous la peau, nous l’entendons dans toute l’enveloppe du corps : ouvrir, ici, un chemin vers le réel.
L’immobilité que l’on pourrait amplifier en rejoignant le brin d’herbe. Je trouve ma source dans la clarté du jour, et pour rejoindre cette transparence, je tente dans le silence des heures, d’emprunter le chemin des sèves.
Il n’y a pas d’ailleurs. Nous sommes sous la peau, ce lieu sans issue, cet endroit du réel qui n’a pas d’envers.
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Se tenir dans les mots : silence augmenté d’un silence ; immobilité augmentée du brin d’herbe.
Les mots noués au réel qui ne cesse de dénouer la parole. Peser le réel, cet air qui bat dans les mots comme il environne le bloc des choses.
Sol que des pluies régulières ont tassé.
Note extaite d’un ensemble de trois lectures publiées ici :
https://www.terreaciel.net/L-indicible-presence-par-Alain-Roussel
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Signalons également deux entretiens menés par Mathieu Jung et publiés sur son blog :
https://lecadranligne.wordpress.com/2024/07/20/serge-nunez-tolin-lu-par-alain-roussel-entretien-avrc-mathieu-jung/
Qui a-t-il de commun entre des poètes aussi singuliers que Jacques Goorma, Serge Núñez Tolin et Gérard Pfister ? La poésie, certes, mais qu'est-ce que la poésie ? Il s'y joue autre chose. Dans leur écriture, les mots ont fait vœu de pauvreté. Ils sont les serviteurs du silence, à l'affût ...