05/09/2026
On ne banalise pas les lieux de Mémoire
L’Association des bunkers de Pignerolle souhaite réagir aux propos récemment tenus par un responsable politique au Porge faisant référence à Oradour-sur-Glane pour décrire les destructions provoquées par les incendies et laissant penser que le village détruit par les flammes aurait "un air d'Oradour-sur-Glane".
Nous exprimons tout d'abord et naturellement toute notre solidarité aux habitants sinistrés et mesurons la gravité de l’épreuve qu’ils traversent.
Pour autant, notre association estime nécessaire de rappeler que la référence à Oradour-sur-Glane appelle une particulière prudence et ne peut être employée comme une simple image de la destruction. Oradour-sur-Glane ne peut être réduit à l’image d’un village détruit par les flammes.
Le 10 juin 1944, 643 personnes y furent massacrées et assassinées par la division SS Das Reich. Oradour est aujourd’hui un lieu majeur du devoir de Mémoire et du rappel des crimes commis contre les populations civiles.
Un incendie et un massacre ne sont pas de même nature. Une catastrophe et un crime contre l’humanité ne peuvent être placés sur le même plan. Ils ne relèvent ni de la même histoire, ni de la même nature, ni de la même Mémoire.
On peut décrire la destruction. On peut parler de désolation. On peut évoquer un paysage dévasté. Mais certains lieux portent une histoire qui impose davantage de précautions et de retenue dans les mots que nous employons et les comparaisons qui sont faites.
Les lieux de mémoire ne sont pas de simples images permettant d'illustrer une situation contemporaine. Ils sont les dépositaires d’événements, de souffrances et de destins humains qui exigent que leur évocation soit faite avec la plus grande mesure et le plus grand des respects.
Aussi, la comparaison nous apparait purement malvenue.
En tant qu’association engagée dans la préservation et la transmission de la Mémoire historique, nous estimons que les lieux de Mémoire imposent une responsabilité particulière dans le choix des mots et des comparaisons.
Nous ne souhaitons pas entrer dans une polémique partisane ou politique. Notre démarche est et restera historique, mémorielle et apolitique.
Elle vise simplement à rappeler un principe auquel notre association est profondément attachée :
Le devoir de mémoire impose de respecter l’Histoire dans sa singularité et de ne pas banaliser, par des comparaisons approximatives, la portée des événements.
À Pignerolle comme à Oradour-sur-Glane, les lieux de Mémoire nous rappellent que derrière les pierres, les ruines et les paysages se trouvent la Mémoire de femmes, d'hommes, de familles et des destins souvent arrachée à la vie par l'horreur.
Parce que respecter la Mémoire, c’est aussi respecter l’Histoire.