01/10/2026
Ma première rencontre avec Sylvia Eustache Rools s'est faite autour des ossements. C'est par une lecture performée que j'ai découvert “Mange la chair”. Une lecture où Sylvia enveloppe délicatement, un à un, des ossements collectés au fil du temps. La blancheur des ossements disposés sur un fond noir, et sa voix par-dessus… La douceur de sa voix, qui rendait la vue des ossements plus douce, presque sensuelle.
Cette série m’a fait entrer dans l’univers de l’artiste, un espace-lisière entre l’intime et le collectif, entre son vécu et l’histoire. Je l'ai vue composer une architecture d’ossements, leur donner une nouvelle forme, créer à partir d'eux un ensemble intelligible. Dans cette lecture performée “La fos épi couraj” : un panier, un mobile, un chemin à suivre… Et l'artiste nous partage son inspiration. Cette phrase tirée des derniers témoignages recueillis par Serge Bilé, Alain Roman et Daniel Sainte-Rose dans Paroles d’esclavage : “Mange la chair mais les os resteront”
Alors cette performance, ce rituel qu’a imaginé Sylvia est une façon via la matière de digérer, d'absorber, de transcender la prise de conscience du manque d’humanité qu’ont connu les îles de la Caraïbe. Rendre hommage aux personnes esclavisées via leurs ossements, prendre soin d’elles. Enfin, retrouver une verticalité, une densité – ce qu’elle exprime ainsi : “Fouiller, semer dans le passé. Purger la peine, circonscrire le feu de la colère. Revenir à la lumière. Repues de toutes mes morts…”