01/11/2024
Dans le recueil Paroles de poilus, il y a une lettre d'Henri Joseph Thomas, agriculteur à Saint-Georges-d’Espéranche (Isère). Il écrit à son fils Armand de 15 mois, au mois d’août 1915, et lui fait quelques recommandations : « Devenu un homme, sois du nombre de ceux qu’on appelle les honnêtes gens. » Et puis encore : « Rappelle-toi que le vrai bonheur ne se trouve pas dans la richesse et les honneurs, mais dans le devoir vaillamment accompli, et les bonnes actions. » Il sera tué, quelques mois plus t**d, le 30 mars 1916, à Verdun. Pour son pays, pour l’avenir des siens, c'était en tout cas ce qu'on lui avait vendu. Pas, comme Flambeau de L’Aiglon, pour des prunes.
La terre et les morts
Leurs descendants les ont écoutés. Ils sont devenus des honnêtes gens. Ils ont choisi le devoir vaillamment accompli à la richesse et aux honneurs. Et puis leur lopin de terre, la douce lumière du soir près du feu qui réchauffait leur père et la troupe entière de leurs aïeuls comme dans la chanson de Cabrel. Sauf que ce sol se dérobe sous leurs pieds. Les frontières pour lesquelles les poilus se sont battus mètre par mètre dans les tranchées ont été enfoncées par les traités de libre-échange, l’agriculture française est sacrifiée sur l’autel de l’industrie… allemande, et Notre-Dame-de-l’Europe, seul monument de Fleury-devant-Douaumont, bâti sur les ruines de l’ancienne église détruite, ressemble à la chapelle mortuaire de toutes les espérances. Le citoyen français doit devenir le nouveau voyageur sans bagage, ni racine, ni culture, au sens propre comme au sens figuré. « Les Français rêvent-i