Herhistoire

Appeler Itinéraire Contacter le musée

Herhistoire Histoire de l'Ile de Noirmoutier (Vendée).

16/09/2026

La coopérative de pommes de terre de Noirmoutier

Lettre aux amis de Noirmoutier n° 12 juillet 1973. Article de Gaston Bugeon. (il y a 53 ans...)

Elle vient d’avoir 28 ans et il y a tout lieu de croire que cet anniversaire aura marqué une campagne excellente pour la plupart des exploitants.

Elle est née en 1945 dans des conditions difficiles, car il fallait s’organiser pour produire et vendre après une période de rationnement dominée par le rutabaga.

Initialement, elle a groupé environ 600 petits cultivateurs travaillant sur des parcelles dispersées. A cette époque, du fait de la pénurie, l’arrachement était tardif.

Ce n’est qu’en 1949 que, la liberté revenue, put avoir lieu la première campagne de pommes de terre de primeurs avec un tonnage d’environ 1 500 tonnes.

A partir de ce moment, deux grandes étapes
1 – En 1958 création de l’atelier de conditionnement, ce qui n’a été possible que par l’arrivée du service d’eau. Jusque là en effet, la lavage et le triage avaient lieu manuellement, aux champs.

L’ atelier de conditionnement permit au début de travailler 70 tonnes par jour.
2 – En 1962, le remembrement (à Noirmoutier)
Dans une zone de 470 hectares comprenant 793 propriétaires, les terres furent réattribuées et classées en plusieurs catégories.
La surface moyenne des parcelles, grâce à cette opération, passa de 6 à 60 ares.
Le remembrement favorisa immédiatement l’exploitation et la mécanisation.
La même opération eut lieu à Barbâtre avec un certain nombre d’années de re**rd. Elle vient d’être terminée en avril 1972 sur 629 ha, poussée par les problèmes que posait le tracé de l’autoroute débouchant du Pont.

Au cours de cette période de 28 ans, notre coopérative a connu de bonnes et mauvaises Campagnes. Mais elle n’a jamais perdu de vue son objectif principal, régler les arrachages et les expéditions de manière telle que les produits de Noirmoutier arrivent sur le marché avant le début de juin, afin d’avoir les meilleurs prix.

Le tableau suivant, qui indique les arrivages journaliers pendant une courte période est plus parlant que de longues explications.

14 mai 1973 21 mai 1973 25 mai 1973
Ille et vilaine 44 T 410 T
Finistère 6 T 56 T 428 T
Côtes du Nord 6 T 189 T 766 T

Total Bretagne 12 T 289 T 1 604 T

NOIRMOUTIER 125 T 280 T 345 T
Provence 8 T 46 T
Languedoc Roussillon 160 T

Total France 149 T 577 T 2 153 T

Comme on le voit, Noirmoutier ne dispose que de deux ou trois semaines avant d’être submergée, par les productions bretonnes principalement.

A titre indicatif, la récolte totale Française de pommes de terre oscille entre 150 et 200 000 tonnes, et celle de Noirmoutier de 5 à 8 000 tonne selon les années

En 1972 un nouvel effort de mécanisation a été fait par la coopérative qui permet d’arriver en 1973 à traiter 430 à 440 tonnes par jour.

La récolte 1973 a commencé sous de mauvais auspices. Des gelées brutales début avril, une certaine sécheresse, étaient des signes alarmants. Il s’est avéré par la suite que les gelées étaient très localisées. La pluie est venue et le rendement est bon.

De plus les conditions économiques ont été favorables à cause de l’absence de stocks de report et de la sécheresse au Maroc. La commercialisation de la campagne se fait donc dans de bonnes conditions et le tonnage va être important (7 à 8 000 T).

Il ne faut pas finir sur une note trop optimiste car la pomme de terre de Noirmoutier est atteinte d’un mal, le Nématode, parasite microscopique qui s’attaque aux tubercules. Sa destruction de mande un traitement onéreux de la terre. Des crédits ont été alloués par le Conseil Général pour procéder à des essais avant d’engager une action d’ensemble.

10/09/2026

Promenades littéraires à Noirmoutier

Extrait de la Lettre aux amis de Noirmoutier n° 12, juillet 1973,

« Certes il y a des endroits qui ont plus inspiré les écrivains que Noirmoutier mais néanmoins les descriptions des différents sites de l’île sont suffisamment nombreuses (…).
Le XVIIIe siècle, dans sa deuxième moitié, a vu l’éclosion d’un sentiment de la nature ; la « Nouvelle Héloïse » (1761) de J. J. Rousseau eut de nombreux imitateurs. Le chanoine Commart de Puylorson – premier historien de l’île – en subit visiblement l’influence. De son petit pays il laissa des descriptions louangeuses, excessivement louangeuses, qu’on jugera peut-être ampoulées, bien dans le style de l’époque assurément. Son contemporain, Jean-Corneille Jacobsen, gros négociant, - qui préférait Voltaire -, dans l’intention identique d’intéresser le Roi au sort des Noirmoutrins, noircit au contraire à l’extrême le tableau, faisant de l’île le pays le plus malheureux du monde (…).
Au XIXe siècle, on fut plus désintéressé comme il était de bon ton dans ce siècle de la bourgeoisie triomphante. Les Noirmoutrins riches voyagent volontiers, se piquent d’écrire ; on vient aussi à Noirmoutier en touriste intrépide. On compare avec d’autres pays et, selon les tempéraments, la description est à l’avantage ou au détriment de l’île. Le style romantique fait fureur (…).
Pour les écrivains professionnels du XXe siècle - tout au moins ceux cités ici – Noirmoutier n’est que le cadre d’une action plus ou moins romancée, un prétexte à enjoliver un récit, à le situer dans un lieu connu maintenant d’un très grand nombre de personnes, en un mot c’est un moyen de mieux vendre leur œuvre, et cela nous vaut parfois des passages très curieux où ils font bon marché de la vérité et de l’authenticité. C’est le cas d’Aladar kuncz et de Boileau Narcejac. Par contre quelle admirable connaissance de l’île avait Marc Elder et surtout Pierre L’Ermite ! Celui-ci, d’une plume alerte, saisit les paysages dans ce qu’ils ont de profondément original, mais ce talent ne sert qu’à développer des intrigues sans grand intérêt, qui nous font sourire aujourd’hui (…).

Extrait n° 1 – Chanoine André Commart de Puylorson

« La ville de Noirmoutier est passablement bien bâtie ; elle l’est du moins solidement. Les maisons étaient autrefois plus élevées et couvertes d’ardoises. La violence des tempêtes, plus fréquentes sur le bord de la mer qu’ailleurs, a fait appercevoir l’inconvénient de l’exaussement des maisons et a déterminé à les élever moins et à les couvrir de tuiles à cause que, par leur poids, résistent mieux à l’impétuosité des vents. Les rues sont un peu désertes. La grande qui est très large fome un assez jolly coup d’oeil : la place, de figure quarée, est bordée sur trois faces de maisons assez régulièrement bâties. Le côté du midi où est la halle et l’auditoire est le plus défectueux. Il serait facile d’y faire quelque chose de beau. Elle est susceptible d’un embelissement qui contriburoit à la comodité publique, IL s’agiroit d’y faire conduire la source de la fontaine d’Acquenette et d’en faire une au milieu de la place (…).
En été, en se promenant dans ce bois (de la Chaise)… on découvre une vaste étendue de mer. On ne saurait choisir un bain plus sain et plus agréable. On trouve au bas des rochers, à l’ombre si l’on veut des chênes, des aires naturelles formées dans le rocher, bordée de cailloux transparants où repose lorsque la mer est basse une eau pure et qui laisse apercevoir au fond un sable dont la neteté et la finesse sont dignes des nymphes les plus délicates. On peut s’y laver sans crainte de s’y blesser ; un doux murmure de l’ondulation de la mer augmente les délices du bain, et le chant des oiseaux perchés sur les arbres forment une charmante harmonie capable d’enchanter les divinités marines et terrestres. Après un long circuit d’où l’on se promène d’agrément en agrément, on peut se reposer dans un antre qui a mérité le noms favori de chambre des Dames. C’est un espace de vint à trente pieds en quarré qui forme une espèce de salle couverte du côté de la mer. Son plafond qui s’avance en forme impériale est un rocher ombragé par des chênes verds et touffus ; un rideau formé par des arbres plantés en dessous dérobant aux yeux de ceux qui sont en mer ou sur le rivage sans être privé eux-mêmes des spectacles des vaisseaux qui voguent à peu de distance. Après un amusant repos dans ce séjour, dont l’amour et l’amitié se sont disputés le terrain pour s’y battir un temple, on revient à la fraîcheur au travers des bois et d’un court espace de bruyères ; on trouve une jolie allée qui n’a pas été sans quelque raison appelée l’allée des Soupirs. »

Extrait n° 2 – « L’observateur anglais ou correspondance secrète entre Milord All’eye et Milord All’ear tome III, John Adamson, 1778.
L’extrait ci-dessous est un acs non rare de piraterie littéraire. Au départ un mémoire au Roi rédigé par J. Cornils Jacobsen, député de l’île, et présenté le 31 mars 1776. Il a été pillé, mot pour mot parfois, par Condelet, inspecteur des domaines du comte d’Artois, dans un Essai sur l’histoire et les grands fiefs de la province du Poitou, et par l’Anglais anonyme que nous citons. Mais qu’il n’est pas impossible que cet Anglais soit Jacobsen lui-même dont on sait par ailleurs les attaches avec l’Angleterre d’autant que l’article est daté du 22 avril 1776.

« Cette Ile, située en Poitou, n’était dans l’origine qu’un grand rocher entouré de dunes de sable, que les vents et la mer ont minées.
Des Français ont exécuté le projet hardi d’en chasser l’océan, pour s’emparer d’un terrain stérile et désolé qu’il leur dispute encore.
Cet élément terrible est élevé de douze pieds au-dessus de la superficie du sol : et pour pouvior s’y maintenir, les habitants ont été obligés d’opposer à la fureur des flots des digues artificielles qui occupent un espace de onze mille toises.
Quoique vaincue par l’industrie et le courage d’hommes laborieux et infatigables, la mer ne cesse de travailler à la destruction de ces digues artificielles ; et por réparer les ravages, le pays ne fournissant pas assez de pierres, les habitants de Noirmoutier sont obligés d’en aller arracher à force de bras, à une lieue et demie en mer, sur les rochers qui peuvent seuls en procurer.
Un fléau non moins redoutable que les eaux, tient continuellement ses habitants en alarmes ; plus du tiers de l’Ile est formés de sables mouvants que rien ne peut fixer, que le vent enlève et disperse dans les champs dont il détruit les espérances ; et pour en donner une idée, il suffira de remarquer qu’en 1763, plus de dix maisons furent ensevelies sous eux dans la paroisse de Barbâtre ; et l’on y voit encore le sommet d’un moulin qui en fut couvert, comme le monument perpétuel de cet affreux événement.
Elle est absolument dénuée des choses les plus nécessaires à la vie ; on n’y trouve ni bois pour la construction, ni vignes, ni bœufs, ni moutons, ni bêtes de somme, ni foires, ni marchés manufactures, ni chaux, ni pierres, ni tuiles, ni ardoises, ni plâtre ; l’Arabie n’offre point à l’oeil étonné du désert plus affreux : tel est le ciel sous lequel des hommes ont osé s’établir contre le vœu de la nature.
La Hollande elle même, ce pays singulier, le chef d’oeuvre de l’industrie des hommes et de leur force, ne présente rien de plus étonnant que le spectacle de l’Ile de Noirmoutier. Mais que ces habitants sont dna sune situation bien différente de ceux-ci, par leurs richesses et les ressources de leur commerce immense, pour défendre leur pays contre leur redoutable ennemi !
Qu’on ajoute à cette ingratitude du sol, tous les maux que la mer fait perpétuellement souffrir à ces mêmes habitants : tantôt ce sont des digues qui se rompent ; tantôt des vents impétueux, dont la violence emporte souvent les toits des bâtiments, qui ne ravagent tous les lieux partout où ils passent, couvrent souvent les terres de leurs masses indestructibles, occasionnent des desséchements et des réparations les plus ruineuses. On conviendra que nul pays ne mérita plus la protection des Souverains. »

Extrait n° 3 – Ch. Rouget de Kerguen « La France maritime » 3e volume 1837.

« Dans les îles perdues sous les brouillards de la Bretagne, il en est ujne, sentinelle avancée au milieu des flots, phare de salut pour le navire en détresse, qui semble complètement ignorée, quoiqu’elle puisse fournir un aliment précieux à la curiosité de tous.
Quand on passe à Saint-Nazaire, en sortant de la rivière de Nantes, un peu plus loin, sur la côte, on aperçoit au milieu des brisants un rocher de granit noir à crête sauvage : c’est l’île de Noirmoutier.
Couchée au niveau des flots qui la baignent, couverte d’eau à la marée montante, hérissée de rochers, environnée d’écueils, l’île de Noirmoutier est même pour les pêcheurs qui l’habitent un sujet de profonde terreur.
Ce pays désert, pour ainsi dire, est cepndant à plus d’un titre digne de fixer l’attention des voyageurs.
Il n’y a qu’une seule auberge à Noirmoutier, si l’on peut appeler ainsi une misérable bicoque construite de cailloux cimentés avec du sable et des varechs, et recouverte de goémon. Lorsque après avoir heurté à plusieurs portes, nous fûmes simultanément frappés de l’excessive ressemblance qui existait entre ce caravansérail des pêcheurs de la côte et bon nombre d’étables à vaches que nous avions remarquées dans quelques villages de la Basse-Bretagne, le fumet de bipèdes des deux sexes qui vint subitement nous saisir l’olfactif, nous confirma de plus en plus dans nos prévisions. Cependant, nous n’en étions pas à cela près des délicatesses de l’odorat, et nous entrâmes bravement dans le bouge enfumé au fronton duquel se dessinait, d’une façon tout à fait joviale, un énorme chat de gouttière, la patte posée sur un large placard de peinture noire qui avait le prétention de ressembler à une bouteille. »

Extrait n° 4 – Marc Elder, « le peuple de la mer », 1930.

Marc Elder reçut le prix Goncourt en 1913. Son ouvrage est un recueil de nouvelles dont l’action se passe surtout à L’Herbaudière dans le milieu des marins. On peut parfois mettre des noms sur ses personnages. L’ensemble ets de bonne tenue et alerte.

« Sur la rive gauche est groupé Noirmoutier, petit amas de maisons blanches coiffées de tuiles que dominent le cube granitique du château massif fendu de meurtrières, sommé de toits pointus, et le clocher roman, lourd, parmi les touffes vibrants des grands ormeaux.
De l’autre côté, à droite, c’est le marais plat, quadrillé, fuyant jusqu’aux plages de l’ouest que bat la mer du large. Des silhouettes de moulins, comme de hauts bonshommes, qui se font signe les bras au ciel, repèrent la plaine ; des meules de sel frais éclatent d’une blancheur de neige dans la lumière.
Les cultures sont rases, cachées aux plis des terrains, car la brise étrille rudement les plus hautes ; et des arbres apparaissent couchés sous le vent ainsi que des fumées. Ici et là, on découvre un âne confondu avec les champs roussis.
Le port de L’Herbaudière.
Devant lui s’arrondissait la plage sur laquelle le jusant abandonnait des lianes en guirlandes vertes ete des méduses d’opale affaissées sur leur chevelure. Des tas de goémon, deux bouées galeuses, quelques centaines de casiers blanchis allaient à la file, jusqu’à la cale qui monte doucement vers la remise du bateau de sauvetage. Puis la jetée haute, puissante, avançait de cinq cents mètres dans la mer, comme un bras protecteur, devant les barques claires mouillées près à près sur leur corps mort. »

Extrait n° 5 – Aladar Kuncz, « Le monastère noir », 1937.

Aladar Kuncz fit partie de ces « indésirables », c’est-à-dire des ressortissants allemands, austro-hongrois et bulgares, qui furent enfermés au château de Noirmoutier pendant la Grande Guerre. On ne s’étonnera pas que le livre ne soit pas très tendre pour certains des habitants ; les conditions de la captivité étant d’ailleurs relativement dures. Le passage choisi rend hommage au micro-climat de l’île que l’auteur a biens compris.

« Après les pluies d’automne vinrent les pluies d’hiver. Ce n’est que dans la première semaine de décembre que se produit quelque changement dans le temps : la neige se mit à tomber et, pour un jour ou deux, enveloppa l’île d’un blanc manteau. Dans ces parages, cela constituait un grand événement. La portion ouest de l’île, en particulier, jouit habituellement d’une température très douce. Le Gulf Stream étant jusque là son courant tiède et influe sur le climat de la partie de l’île qui fait face à l’océan. Dès la fin janvier, le mimosa y fleurit, en février les arbres fruitiers revêtent leur parure de fête et les légumes y précèdent de plus d’une semaine ceux du continent. Sur ce côté, jusqu’à la plage, s’étend un bois parsemé de villas et de petites résidences estivales. En été, beau coup de touristes y viennent en villégiature.
La citadelle s’élève du côté qui fait face à la terre ferme. Une étroite langue de terre relie l’île au continent ; à marée basse, il est possible de traverser par ce chemin avec une voiture, si le cocher est habile. De ce côté, le climat n’est pas à beaucoup près aussi clément que sur le flanc ouest. Mais là également, les hivers rigoureux sont inconnus ; c’est au point que les habitants n’avaient pas vu de neige depuis vingt ans. Cet extraordinaire événement fut naturellement attribué par les indigènes à la présence des « Boches ». »

Extrait n° 6 – Abbé Loutil (Pierre L’Ermite)

« Car le pays est vraiment joli. C’est une côte d’azur moins usée que l’autre. Le matin, quand j’ouvre ma fenêtre, j’ai toute la baie devant moi et un grand rocher qu’on appelle le Cob ; puis, au loin, une série de plages bordées de villages : le grand Vieil, le petit Vieil, la Madeleine, la Blanche… Les maisons basses et blanchies à la chaux, couvertes de ces tuiles rondes qui annoncent le Midi, se détachent en notes très claires entre le bleu du ciel et celui de la mer. On se croirait en Algérie. Et d’autant plus qu’il y a ici une lumière spéciale, très aérienne qui me fait regretter de ne pas avoir apporté mes pinceaux…

Les Eloux.
Il aperçoit le moulin, en effet, en pleine décomposition. Voici la mare, où deux vaches s’abreuvent d’une eau verdâtre bien inquiétantes pour les petits fromages blancs de demain… Puis un long mur, très noirmoutrin, en pierres moussues, au dessus duquel s’élèvent et se confondent des troncs antiques d’yeuses, de cupressus et de figuiers.
A droite, à gauche, des yuccas, des aloës, des pins parasols,
Le soleil, déjà haut, fait chanter toutes ces verdures puissantes, et donne au paysage une allure presque orientale... »

Extrait n° 7 – Boileau-Narcejac, « Maléfices », 1961.

« Je doute que vous soyez venus vous perdre en ce coin de Vendée, qui est désolé l’hiver, et l’été, sans grâce. L’île de Noirmoutier se rattache au continent par une chaussée longue de quatre kilomètres, que la mer recouvre à chaque marée. Mais cette chaussée ne ressemble à aucune autre. Elle serpente, comme une piste, à travers les sables, route en certains endroitrs, et mauvais chemin, toujours mouillé, en certains autres. On l’appelle : le Gois… le Gois, en cette saison, était désert. Noirmoutier n’était qu’un trait violet, à l’horizon. La mer se devinait, tout au bout des vases, à des vols de mouettes. J’entends encore, perdu dans la distance, quelque part vers l’ilôt des Piliers, le mugissement grave d’un vapeur cherchant l’entrée de la Loire. J’étais un peu anxieux. Pourtant, je me sentais sûr de moi et plutôt joyeux, à cause ded l’air vif, et de cet immense espace solennel au centre duquel j’avançais comme à tâtons, parmi les fondrières… je me rangeai vers le milieu, pour laisser passer le car de Nantes, traînant sa remorque brinquebalante. Milsant, le chauffeur, me fit bonjour de la main. Puis la route se releva et j’abordai l’île. Du Bois Gaudin à Noirmoutier, il n’y a même pas quinze kilomètres. Je les parcourus sans me presser.
… Le Bois de la Chaise est ce qui reste d’une vaste forêt de pins qui devait couvrir, autrefois, tout le nord de l’île. Les plus belles villas ont été construites dans ce bois, au bord de la baie de Bourgneuf, à l’abri des vents du Large. »

« Le monastère noir » d’Aladar Kuncz (première partie)Cette première partie a pour source un article de La Lettre aux Am...
05/03/2026

« Le monastère noir » d’Aladar Kuncz (première partie)

Cette première partie a pour source un article de La Lettre aux Amis de l’Île de Noirmoutier n° 176, décembre 2014, « Le monastère noir histoire ou littérature ? Aladar Kuncz, un « indésirable » pris dans la tourmente de 1914-1918 » d’Eva Jeney, chargée de recherches principales à l’Institut d’Etudes Littéraire de l’Académie des Sciences de Hongrie.

La deuxième partie reprendra des extraits du Monastère noir ainsi que de sa préface.

Aladar Kuncz est un écrivain hongrois, auteur du récit « Le monastère noir » qui raconte l’internement des « indésirables » internés au château de Noirmoutier d’octobre 1914 à juillet 1916.
Aladar Kuncz est né en Transylvanie. Avant 1914, c’est un intellectuel pénétré de culture française qui voyage à plusieurs reprises en France. En 1912-1913, il obtient une bourse de son gouvernement et passe 14 mois en France, à Paris, mais aussi en Bretagne. A l’été 1914, il est en vacances à Carantec, près de Morlaix. Avec le déclenchement de la guerre, il est désormais considéré comme un « ennemi » et il est arrêté avec d’autres ressortissants de pays « ennemis ». Faute de pouvoir quitter le territoire français dans les 24 heures au termes de dispositions prises par le gouvernement français, il tombe sous le coup de mesures de surveillance et d’évacuation et après une étape passée dans le dépôt de Périgueux, il est interné dans le château de Noirmoutier. En juin 1931, date de sa mort est publié « Le monastère noir » dans lequel il raconte son expérience vécue et ses années d’internement.
Dans le récit, le lecteur rencontre les figures de Français « ordinaires » : le petit marchand de journaux, Madame Mignal et sa fille Marthe ou le sergent Guillaume. Madame Mignal, Germaine Micheneau (1881-1958) est l’épouse d’Adrien Mignal (1977-1925), originaire des Herbiers qui dirigea de 1902 à 1939 avec elle l’Hôtel Moderne de la Grande Rue de Noirmoutier. Madame Mignal gère la cantine du camps des internés, gestion à laquelle elle met fin le 1er janvier 1916, car, son mari étant sur le front, elle « se doit à son hôtel et à ses trois enfants » (AD 85, lettre de Marthe Mignal au Préfet, 13 décembre 1915).
Louis Troussier, notable noirmoutrin, a tenu un journal quotidien « La guerre vue de Noirmoutier de 1914 à 1918 ». Ce journal, avec beaucoup de détails, complète ou « corrige » quant à la référence l’ouvrage de Kuncz sur les noirmoutrins et leurs indésirables. « 24 septembre 1914 – Un télégramme adressé au maire, nous annonce l’arrivée prochaine de 250 Allemands, Il ne semble pas que ce soit des prisonniers de guerre qu’on nous envoie, mais bien plutôt de simples indésirables », 29 septembre 1914 – « Le sous-préfet est arrivé. Il vient en fourrier pour installer nos futurs internés. Avec lui, on visite le château, puis longue séance à la mairie où il nous explique ce que nous aurons à faire (…) ». Le sous-préfet confirma qu’il s’agissait bien d’indésirables civils. « Ils seront 250. Ils arriveront vendredi soir par Fromentine, encadrés de 25 soldats qui resteront ici à les garder (…) Nous aurons de plus la charge de loger, nourrir, entretenir tout ce monde, dans des conditions possibles et sans dépenser trop ! ». « 2 octobre 1914 – C’est ce soir qu’arrivent nos Allemands, La garde municipale, dès le matin, décroche ses fusils de chasse. La population s’agite ; les femmes généralement ont peur. A Barbâtre et à La Guérinière, des incidents sont à craindre. On menace de jeter des pierres sur le passage des internés. Ils doivent être ici entre 4 et 5 heures. Leur campement s’apprête, Toute la journée, on coupe, on cloue, on scie partout au château. C’est une procession pour voir comment ils seront installés. 4 heures (…) Les prisonniers passent, d’un pas encore assez ferme, précédant trois charrettes chargées de leurs bagages et de quelques éclopés. Ils sont souillés de poussière, barbus, chevelus, pour la plupart hors de raison (…) Ils s’engouffrent sous la porte du château (…) Maintenant ces hommes paraissent harassés. Plusieurs se sont précipités sur une barrique d’eau, y ont rempli des bouteilles et, après avoir bu, se sont allongés sur l’herbe de la cour. Beaucoup sont des ouvriers sales, loqueteux repoussant, antipathiques (…) Leur souper est prêt, pour ce soir, on le leur servira dans leurs chambres. On les partage par chambrées, on nomme à chaque chambrée un chef responsable des infractions au règlement, puis on les conduit au donjon dont les différentes pièces, garnies de bottes de paille, leur serviront de dortoirs (…) ». « 3 octobre 1914 – Dès ce matin, la plate-forme et les tours du château sont couronnées d’Austro-Allemands, prenant une première vue du pays (…) Ils ont moins mauvaise figure qu’hier et l’opinion des gens qui les gardent est qu’ils ne sont guère redoutables. Presque tous réclament l’aménagement d’une cantine. » « 6 octobre 1914 – (…) Ils s’installent peu à peu ; leur cantine fonctionne (…) » . « 8 novembre 1914 – Les détenus s’enrôlent par petits pelotons à la Légion étrangère (…) » « 29 décembre 1914 – Entre Allemands, Autrichiens, Polonais etc. on se bat dans notre camp de concentration. On se voit dans l’obligation de séparer les nationalités (…) » « 25 avril 1915 – On vient d’enterrer un nouvel interné du château mort à l’hôpital. Il étais bavarois et catholique. Tout le camp l’a accompagné à l’église et de là au cimetière au pas de parade. 5 mai 1915 – Nous allons faire travailler les internés du camp de concentration à des améliorations de voirie autour du château. On nous l’interdit. Pourquoi ? Je vous le donne en mille Parce qu’ils ne sont pas assurés contre les accidents du travail !!! ».

A l’époque, le terme de camp de concentration était un terme officiel pour définir les lieux d’internement des prisonniers de guerre et des civils, en alternance avec des termes comme dépôt, camp d’internement.
Aladar Kuncz sous-titre le Monastère noir par Souvenirs de l’internement français.
Peu à peu se met en place dans le camp une activité intellectuelle et artisanale des prisonniers. La chambrée numéro 6 d’Aladar Kuncz devient un cabinet de travail. Car ceux qui se laissent prendre par la vie de prison sont perdus.

« Failli » Roublotte !Sébastien Pénisson dit Roublotte est l’un des célèbres conteurs menteurs de l’Île de Noirmoutier. ...
01/03/2026

« Failli » Roublotte !

Sébastien Pénisson dit Roublotte est l’un des célèbres conteurs menteurs de l’Île de Noirmoutier. Deux articles de La Lettre aux Amis de l’Île de Noirmoutier n° 47, 3e trimestre 1982, lui étaient consacrés : « Portait d’un conteur menteur de l’Île de Noirmoutier. Failli Roublotte ! » de Lydia Gaborit, auteure d’une thèse de 3e cycle en littérature moderne « Littératures orales et populaires de de l’Île de Noirmoutier », « A propos de Roublotte » d’Henri Martin. Nous reprenons ci-après, pour partie, ces deux articles.
Les estivants constituent la cible favorite de Roublotte, qui envahissent l’Île. Roublotte sévit à la Bosse et plus précisément encore dans la commune libre de Gabion (y sont élus par dérision un maire, un pape, un roi, un secrétaire de mairie, tous conteurs menteurs), espace réduit au petit port du Morin et au café de la plage.
Roublotte exploitait un marais salant entre L’Epine et Noirmoutier. Il ne sait ni lire ni écrire, il parle. Au café de la plage, il retrouve ses amis et boit un verre en leur compagnie racontant alors pêches et chasses miraculeuses ou sa rencontre avec la margade (seiche) de 25 ans, ou encore de qu’il voit par temps clair dans le panier de la ménagère de l’Île d’Yeu ! Il ponctue la fin de ses histoires d’un retentissant « Tout cro poït », immédiatement défendu par ses amis « Ver allaoû, tché la vraie véritaille » ! Roublotte conclut par un triomphant « Ah,,, to vo baille !! ».
Henri Martin avait rencontré Roublotte vers les années 1950. Dans le cardre de sa petite affaire artisanale de transports, il faisait le « coloï », le transport du sel du marais salant aux salorges où à bord des caboteurs du port. Roublotte travailla avec lui et pendant quelques années comme mesureur de sel, c’est-à-dire qu’il avait la responsabilité de remplir les sacs de sel au mulon et de comptabiliser le nombre de charge, aussi bien pour le saunier que pour la coopérative. Pour Henri Martin, il fut un des précieux indicateurs pour ce qui était des us et coutumes de L’Epine, du marais, de la mer… Henri Martin publia sous le titre « Les aventures de Roublotte » une suite de contes de mensonges dans la R***e d’Etudes Folkloriques du Centre-Ouest. A la suite de cette publication monsieur Gérald Thomas du Memorial University of New Foudland (Canada) s’était déplacé à l’Epine pour « jauger » le personnage. Il ne fut pas déçu. Roublotte était un conteur authentique. Henri Martin le présenta à tous les chercheurs ou curieux, à Jean-Paul Bouchet qui tourna avec Roublotte « La marée du soir » (film amateur), à Nicole Brunet auteur d’un film « Le temps d’une marée »...

13/10/2024
20/01/2024

Dans les années 1950, Paul Berger filme l'activité de l'île de Noirmoutier et notamment celle du port de l'Herbaudière.

06/01/2024

Une nouvelle année vient de commencer, année importante pour notre association qui va fêter ses 90 ans d’existence. Nous vous informerons régulièrement des activités à venir dans le cadre de cet anniversaire.
En attendant, vous pouvez lire le dernier numéro de la Lettre aux Amis, le N° 212. Au sommaire l’histoire de la base de l’aéronavale de l’US Navy à Barbâtre, les ports rivages de Saint-Jean et de la Croix Rouge à L’Epine et la belle histoire du quatre-mâts « La Loire ».
Et pour continuer à recevoir la Lettre aux Amis, ne tardez pas à renouveler votre adhésion à l’association. Les tarifs sont identiques à ceux de 2023.

Adresse

3, Rue Du Puits Mariette
Noirmoutier-en-l'Île
85330

Téléphone

+33606655725

Site Web

Notifications

Soyez le premier à savoir et laissez-nous vous envoyer un courriel lorsque Herhistoire publie des nouvelles et des promotions. Votre adresse e-mail ne sera pas utilisée à d'autres fins, et vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Contacter Le Musée

Envoyer un message à Herhistoire:

Raccourcis

Partager