En 1898, Louis Majorelle confie à l'architecte Henri Sauvage (1873-1932) l'élaboration des plans de sa maison personnelle à Nancy. La Villa Majorelle -ou Villa Jika, d'après les initiales de l'épouse de Louis Majorelle, Jeanne Kretz- est construite en 1901-1902 et occupe une place toute particulière dans l'histoire de l'architecture nancéienne. Première maison entièrement Art nouveau de Nancy, ell
e est conçue pour l'un des principaux artistes de l'Ecole de Nancy, Louis Majorelle, et résulte d'une parfaite collaboration entre artistes parisiens et nancéiens de renom. Ouverte au public depuis 1997, la Villa Majorelle témoigne encore, tant dans son architecture extérieure que dans sa décoration intérieure, de la notion d'unité de l'art prônée par de nombreux artistes de l'époque. On peut encore appréhender aisément la manière dont l’architecte a cherché à matérialiser la distribution des différents espaces de vie par une recherche de mouvement en retraits et avancées et des jeux de toitures et de matériaux combinés. La façade nord présentent trois blocs distincts, qui reflètent chacun, par le choix des matériaux, le décor et la disposition des ouvertures, la fonction intérieure : à gauche la sobriété de l’espace de service , avec peu d’ouvertures, est contredite par la luxuriance de la porte d’entrée principale, l’avant-corps à encorbellements accueille l’escalier éclairé par de larges baies décoratives superposées, enfin, la terrasse puis la grande baie de l’atelier de Majorelle signalent deux des espaces principaux de la maison. A l’horizontalité marquée de la baie en plein cintre originale, -aujourd’hui disparue- et de la rambarde en céramique d’Alexandre Bigot, s’oppose la verticalité des pignons successifs, et des hautes cheminées. La porte d’entrée se compose d’une porte vitrée et d’une marquise en fer forgé, à décor de monnaie du pape. La façade Sud propose à son tour un jeu subtil de volumes juxtaposés, avec la présence d’un bow-window surmonté d’une terrasse. Cette orientation favorable est dévolue aux pièces de réception – salle à manger et salon- et à la chambre des propriétaires. Au décor de ferronnerie, céramique, le vitrail et bois des balcons s’ajoutent de ce côté un jeu sur la polychromie des pierres des cheminées, la présence- jusqu’en 1916- d’une terrasse au deuxième étage avec arc boutant, et même une peinture murale côté ouest. A l’intérieur, dans le prolongement de la porte d’entrée à l’élégant dessin végétal, le vestibule accueille un décor peint au pochoir au motif de monnaie du pape. Dans la volumineuse cage d’escalier, la rampe dessinée par Henri Sauvage et exécutée par Louis Majorelle exprime par son amorce la force et la croissance du lierre dont le feuillage diminue au fur et à mesure que l’on s’élève. La salle à manger est l’un des moments forts de la visite. Elle se caractérise par la présence imposante d’une cheminée en grès flammé, dessinée par Alexandre Bigot, placée au centre. Le mobilier Les Blés, a été conçu par Louis Majorelle. Il a été acquis en 1996 par la Ville de Nancy (avec l’aide du Fonds Régional d’Acquisition des Musées) et a pu retrouver sa place d’origine. Très modifié, le salon présentait à l’origine un abondant décor stuqué, à motif de pommes de pin, repris sur le mobilier et la cheminée, sans doute détruit en 1916. Aucun décor original ne subsiste au premier étage, dévolu aux chambres. Cependant, on peut aujourd’hui admirer au musée de l’Ecole de Nancy, le mobilier de la chambre à coucher principal, acquis en 1982 par la Direction des musées de France et la Ville de Nancy, auprès de Jacques Majorelle. Au deuxième étage, l’atelier de Louis Majorelle est éclairé par une grande baie exposée au nord, comme il est traditionnellement d’usage dans les ateliers de peinture. Elle présente un dessin de boiseries évoquant les ramifications d’un arbre.