07/09/2026
Très belle cérémonie hier :
commémorant la Libération de Pantin incluant l'hommage aux déporté.e.s des quatre convois de Déportation partis du Quai aux Bestiaux à Pantin au printemps et à l'été 1944.
et inaugurant l'œuvre de l'artiste Chemsedine Herriche, « Destination inconnue » dans le cadre du parcours artistique mémoriel Outre Nuit à la Cité fertile porté par Seine-Saint-Denis, le Département en présence de Dominique Dellac, vice présidente du département et de Bertran Kern, maire de Pantin.
Ci-dessous le discours prononcée par Sabine Pesier au nom du Le Réseau - Musée de la Résistance Nationale, de notre association, du Mémorial national des femmes de Afmd Mémoire Vigilance et de l'association fonds mémoire d'Auschwitz.
Thierry Berkover Daniel Sarthou Viviane Lebeau Grinfeld
AFMD Seine St Denis
"Mardi 18 avril 1944, Pantin, Quai aux Bestiaux
Marguerite LECOANET, résistante, internée au Fort de Romainville aux Lilas témoigne :
« L’émotion nous étreignait à chaque appel de convoi, car il était toujours possible que nous fussions appelées. Enfin, le 18 avril, après deux jours de préparatifs, je fis partie d’un convoi qui vidait la presque totalité du Stalag puisqu’il comprenait environ 400 détenues. Le départ se fit en cars jusqu’à la gare de Pantin où un long train de wagons à bestiaux nous était destiné. Chaque wagon comprenait quatre bancs et une tinette. Les quatre vasistas étaient garnis de fils de fer barbelés. On nous mit 60 par wagon et les portes furent fermées et plombées. »
Par ce convoi du 18 avril 1944, 401 femmes internées du Fort de Romainville aux Lilas sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück. 79 ne reviendront pas.
Samedi 13 mai 1944, Pantin, Quai aux Bestiaux
Germaine BONNAFON, résistante, internée au Fort de Romainville aux Lilas témoigne
« On nous a emmenées en bus vers la gare de Pantin. Il faisait chaud, c’était en mai, et la Croix-Rouge nous avait donné un petit paquet, et nous, nous savions qu’on allait être déportées. Il fallait être poussées dans ces wagons qui étaient des wagons à bestiaux, des wagons de marchandises. C’étaient des wagons de bois, très hauts pour y grimper. Les jeunes comme nous, on grimpait, mais les personnes âgées avaient des difficultés.
Et ce qu’il y avait de tragique, c’est que chacune voulait garder son petit noyau de sympathie, d’amies, de sœurs, de mères ou de grands-mères même. Alors l’embarquement a été vraiment tragique. On disait : “On veut être dans ce wagon !” — “Raus !” Et on rentrait. Quand ils estimaient que le wagon était plein, ils le fermaient. Le bruit a couru qu’il fallait faire des petits mots et les jeter par les vasistas. Alors on écrivait : “Une telle a été mise dans le wagon, au mois de mai, destination inconnue.” On les jetait sur la voie ferrée. Les cheminots ont été vraiment patriotes et ils les ont transmis aux adresses que nous laissions. Le wagon a démarré dans la soirée. Il faisait une chaleur, enfermées là-dedans avec toutes ces femmes. Il y en a qui pleuraient, les plus âgées pleuraient.»
Par ce convoi du 13 mai 1944, 534 femmes internées du Fort de Romainville aux Lilas sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück. 94 ne reviendront pas.
Vendredi 11 août 1944, Pantin, Quai aux Bestiaux
Suzanne GATELLIER, résistante internée à la prison de Fresnes témoigne :
« Le 10 août 1944, départ de Fresnes avec 3 autres détenues : Henriette, Maggie, Madeleine enceinte et moi-même en voiture particulière. Nous rejoignons un convoi de femmes venant du Fort de Romainville. Il fait chaud. Parquées à la sortie de la gare [de l’Est], gardées par des Allemands, nous réclamons « à boire, à boire ». Un cheminot apporte de l’eau et tout bas dit « c’est la grève ». Un espoir fou. Le 10 au soir, néanmoins, nous montons dans des wagons voyageurs. Nous allons jusqu’à Pantin. Et le 11 août vers 22 heures nous partons de Pantin dans des wagons à bestiaux. »
Par ce convoi du 11 août 1944, près de cent femmes extraites du Fort de Romainville et de la prison de Fresnes sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück. 20 au moins ne reviendront pas.
Mardi 15 août 1944, Pantin, Quai aux Bestiaux
Germaine HUARD, résistante, internée au Fort de Romainville aux Lilas, témoigne
« Nous arrivons à la gare de Pantin, et descendons sur le quai même devant un train déjà bondé. Ce train, d’une longueur invraisemblable, est plein d’hommes et de femmes. Ce sont les internés de Fresnes, de la Petite Roquette, de la Santé, du Cherche-Midi, qui attendent depuis des heures ; On nous pousse à 65 dans ces wagons surchauffés. Les hommes sont 90. La chaleur dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Il y a aussitôt des syncopes. Le service d’ordre est intense ; on a mis des planches devant l’ouverture des wagons pour nous empêcher de voir. A force de supplications, les Allemands donnent un peu « d’air ». La Croix-Rouge est enfin autorisée à nous apporter un colis à chacun et un peu d’eau. La surveillance allemande est telle qu’il est impossible de parler aux délégués et ceux-ci qui voudraient tous nous aider sont impuissants. Il y a pourtant sous les yeux des Allemands une évasion remarquable de simplicité. Un représentant de la Croix-Rouge a passé un gobelet à une jeune fille ; elle le prend, ce gobelet contenait un brassard. La jeune fille n’a plus qu’à l’attacher sur elle et quelques instants après, elle sort tranquillement un broc à la main.
L’atmosphère de ce départ est impossible à décrire. C’est un voyage de fous qui se prépare. Pas un employé français. Les Allemands vont et viennent sur le quai à grand fracas de bottes et de hurlements. Deux ou trois sentinelles devant chaque wagon fermé et à l’intérieur cette masse humaine debout, qui n’a pas encore réussi à se caser pas plus que les paquets qu’elle transporte. […] Chacune s’accroupit, on suspend à des clous tout ce qui peut être accroché, on tend des ficelles pour mettre tout en l’air et gagner de la place. On empile tous les cartons Croix-Rouge dans un coin. La vaste boîte qui sert de tinette est mise au milieu. Nous nous apercevons alors que le wagon est dégoûtant ! Il n’y a pas de paille, plein de bouses de vache le long des parois et sur le plancher. Qu’y faire … […].
Vers [22] heures, le train a fini par s’ébranler. »
Par ce convoi du 15 août 1944, le plus grand de toute l’occupation, 1655 hommes et 561 femmes sont déporté.es. Les hommes arriveront le dimanche 20 aout à Buchenwald, les femmes un jour plus t**d à Ravensbrück. 1170 d’entre elles et eux, seulement, reviendront.
Par la cérémonie d’aujourd’hui, nous faisons retentir les voix de Marguerite, Germaine, Suzanne et, à travers elles, celles de toutes les femmes et de tous les hommes déportés depuis ce quai.
Avec la disparition des derniers témoins, les voix s’éteignent et le silence s’installe. Restent les lieux : ce quai, ces rails, ces pavés. Les préserver, les aménager et les valoriser, c’est continuer à faire entendre leur parole et leur combat.
C’est précisément ce à quoi s’attache la Ville de Pantin et « Mémoires en réseau » avec la mise en réseau des lieux de mémoire du département de la Seine-Saint-Denis porté par Dominique Dellac, vice-présidente du Département de la Seine-Saint-Denis chargée du patrimoine culturel, de la mémoire, du tourisme et de l’éducation artistique et culturelle. Le fort de Romainville aux Lilas, le quai aux bestiaux de Pantin, la cité de la Muette à Drancy, les anciennes gares de déportation du Bourget-Drancy et de Bobigny : chacun porte une histoire singulière, mais tous sont profondément liés. Des lieux témoins de l’internement et des déportations du génocide des Juifs d’Europe, comme de l’internement et des déportations de répression : autant de traces visibles de la mise en œuvre de l’idéologie n**ie. Cette mise en réseau des mémoires par les lieux s’appuie sur le pilotage scientifique de l’historien Thomas Fontaine, au nom du Réseau du Musée de la Résistance nationale, avec le Mémorial de la Shoah. Ses recherches ont notamment permis de mettre au jour le rôle du quai aux bestiaux de Pantin dans la déportation de répression.
« Destination inconnue », écrivait Germaine Bonnafon le 13 mai 1944. Destination inconnue, c’est aujourd’hui le titre de l’œuvre de Chemsedine Herriche qui sera inaugurée tout à l’heure. Écrits dans l’obscurité, l’urgence et la peur, jetés depuis les wagons dans l’espoir de parvenir à celles et ceux qui restaient, ces mots sont aujourd’hui hissés au grand jour. Plus de quatre-vingts ans après, venus de la nuit, ils sont autant de phares et de vigies.
« Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons. » écrivait Paul Éluard.
Dans le contexte électoral actuel, alors que s’élèvent de toutes parts des voix qui attisent la haine, désignent des boucs émissaires et nourrissent le rejet de l’autre, ces lieux comme le Quai aux Bestiaux de Pantin nous obligent. Non pour confondre les époques, mais pour que chaque pierre préservée et valorisée porte cette histoire, la transmette et contribue ainsi à consolider et faire vivre notre démocratie.
Parce que nous refusons et nous refuserons toujours les
« destinations inconnues »"