03/09/2026
« Nous gérons cette ZEE avec sagesse depuis des siècles, en utilisant les techniques transmises par les générations précédentes. »
— Moetai Brotherson, président de la Polynésie française
Le 8 juin 2026, jour de l'Océan mondial, la Polynésie française a annoncé la plus grande zone marine hautement protégée de la planète : environ 1,4 million de km², soit 30 % de ses eaux: plus du double de la superficie de la France métropolitaine, en un seul territoire du Pacifique.
Ce n'est pas une annonce isolée. C'est l'aboutissement d'une décennie de travail communautaire, amorcée bien avant l'accélération de juin 2025 (4,8 millions de km² de ZEE totale placés sous un premier régime de gestion, à l'occasion de la Conférence de l'ONU sur l'océan) et confirmée cette année par l'ajout de 520 000 km² supplémentaires en pleine protection, répartis entre les Australes, les Marquises et l'ouest de la Société. Une enquête menée en 2025 indique que 92 % des Polynésiens soutiennent la création de nouvelles aires protégées — un chiffre rare pour une politique de cette ampleur.
La méthode n'est pas importée : elle s'appuie sur le rāhui, le système traditionnel polynésien de mise en repos temporaire des zones de pêche, pratiqué depuis des générations pour laisser aux stocks le temps de se reconstituer. Les zones de pêche artisanale à la ligne, elles, restent ouvertes aux communautés locales — la protection n'a pas été construite contre les habitants de l'archipel, mais avec eux.
Ces eaux abritent des requins, des baleines, des tortues marines, des oiseaux marins et des espèces endémiques qu'on ne trouve nulle part ailleurs, ainsi que certains des récifs coralliens les plus sains encore recensés dans le monde. La nouvelle protection restreint aussi l'exploitation minière des grands fonds et le chalutage de fond dans une bonne partie de la zone.
L'objectif mondial « 30x30 » — protéger 30 % des océans d'ici 2030, fixé par l'accord de Kunming-Montréal — reste hors de portée pour la plupart des pays. La Polynésie française vient de le dépasser, quatre ans en avance, sur un territoire deux fois plus vaste que l'Union européenne en surface maritime. Ça ne répare pas tout ce qui se passe ailleurs dans l'océan. Mais ça prouve qu'à cette échelle, ce n'est pas hors de portée.