08/09/2026
J'ai l'immense tristesse d'apprendre à tous les amis de ma galerie, à mes clients nombreux, acheteurs de son travail, à tous ceux qui le long des jours passés à l'Art à LIlle côtoient son oeuvre ici exposée, le décès de LIsbeth Delisle, sculpteur.
Lisbeth, était le sculpteur de la vie.
Elle me disait « je faisais de la sculpture figurative à l’époque où les américains en France ont introduit l’Art Abstrait et j’étais femme dans un temps où on ne passait commandes qu’aux hommes ». Mais ! la môme Piaf vit par tes doigts sur la place Piaf à Paris, réalisée dans la chaleur de l’été 2003 avec la complicité de ton ami fondeur Gilbert Clémenti, elle est aimée de ses habitants.
Tu étais le sculpteur du mouvement, de la rencontre, de l’attente, de la séparation. Tu abritais des silhouettes furtives dans ces structures que tu créais, des espaces sacrés dans lesquels tu introduisais la vie.
Tu racontais avec tes doigts ce que d’autres racontent par l’écriture car ta sculpture n’est pas de la figuration telle qu’on la conçoit, mais elle indique et suggère, elle montre un temps vivant que le regardeur a la liberté de voir.
Tu es une assembleuse. Tu travaillais le plâtre à pleines mains, tu assemblais les plaques de cire et créais des paysages habités de personnages dans le fil de leur vie, tu montais des structures dans l’espace qui toutes jouaient avec la lumière et abritaient quelqu’un, protégé par une âme adossée.
Tu utilisais le carton pour la force qu’il donne à la ligne, tu l’habillais de papier et tu donnais vie à la figure dans l’expression de l’instant. Tes collages étaient aussi un travail d’assemblage, ils sont œuvres de sculpteur.
Car c’est bien l’humain qui t’intéressait, tu en jouais avec humour et poésie souvent sur le fil de la comédie et de la tragédie.
Enfant tu aimais ce jeu de « un-deux-trois soleil » où l’on s'immobilise quand la personne se retourne, et tu allais danser chaque semaine, toujours dans la conscience du corps en mouvement.
Tu travaillais avec le vide, Zadkine fut ton professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, tu disais de lui qu’il t’a appris à ouvrir le plein. René Coutelle ton voisin d’atelier a encouragé le jeune sculpteur que tu étais et avec Robert Couturier ton dernier professeur à l’École des Beaux-Arts tu as osé l’humour et la liberté.
Tu as imaginé les techniques et tu as montré la voie à d’autres sculpteurs, tu étais la première avoir créé des maisons, des structures ainsi habitées.
Tes maternités, l’enfant à naître comme l’enfant avec sa mère sont un hommage à toutes les mamans du monde, elles sont un fil dans ton œuvre. Tu disais que la femme est comme un arbre à travers lequel passe la vie.
Attentive, tu mettais en avant le travail des autres, ton engagement dans la Biennale des 109 en est l’exemple.
Pour toi, tu étais discrète, engagée dans ton art, tu avais la reconnaissance de tes pairs, des critiques et des amateurs d’art. Tous les Prix de Sculpture t’ont été décernés, tu as été achetée par l’Etat.
J’ai eu l’honneur et l’immense joie de t’avoir comme artiste dans ma galerie, tes oeuvres vivent chez tous ceux qui, nombreux, ont eu le bonheur de t’acheter.
Au revoir Lisbeth.
Véronique Dalle, pour Lisbeth Delisle décédée le 28 aout 2026