Quand je vois les œuvres de Novera, je pénètre dans un jardin secret. Ses sculptures et ses peintures sont d’une très grande originalité. Ce sont des fenêtres sur un autre monde métaphysique. C’est le monde de la contemplation et de la méditation. Le monde des Indes, des saree, des bijoux rutilants, des éléphants, des oiseaux, des nagas et de l’imaginaire. Novera nous emmène sur un chemin du gang, du Brahmapoutre, des temples, des palais fabuleux, des sculptures et des peintures mystique d’une autre civilisation que la nôtre.
C’est le mystère Indou des danses sacrée et de l’éternité. C’est le champ de la jungle et de la nature luxuriante qui nous enflamme et qui nous projette dans la spiritualité des sadhus, des swami et fakir.
Novera est née le 29 mars 1939 dans le Sunderban sur un bateau dans la plus grande Mangrove du monde au cours d’une chasse aux crocodiles. Dès sa naissance, elle a été imprégnée par l’âme de la jungle qu’elle irradiera plus t**d dans ses œuvres.
Entre autres, une autre phase de sa personnalité était la danse. Elle vénérait le Bharatnatiyam, la danse sacrée de Shiva et adorait le célèbre chorégraphe et danseur Udai Shankar (frère ainé de Ravi Shankar). Lors d’un concours de danse indienne à l’âge de 6 ans, à Calcutta, elle reçut la médaille d’or pour sa première prestation publique. C’est l’époque ou elle a été promise au mariage qu’elle refusa violement, elle ne voulait pas se marier, mais faire de la sculpture dit-elle à a son père, car depuis sa plus tendre enfance, elle avait observé sa mère faire des maisons, des poupées et des animaux avec de l’argile. Elle lutta comme une sauvageonne, si bien que son père las, l’envoya à Londres étudier le droit en 1952.
Arrivée à Londres, elle est allée directement chez City and Guilds, pour apprendre à sculpter la pierre. Un ami de sa sœur ainée lui à conseillé de s’inscrire dans une école d’art et de design pour vraiment se perfectionner dans le métier de sculpteur et l’introduire à l’école des arts plastiques, La Campbell School of art. Elle y rencontra son futur professeur, le docteur Karel Vogel (sculpteur tchèque) qui lui demanda d’un air amusé « voulez-vous faire de la sculpture ? », elle lui a répondu « oui », il lui répliqua d’en faire une. Elle lui demanda de lui ramener de la glaise et a tendu son bras et a pris son pouce pour modèle. Il l’a pris immédiatement. Ses études à Londres ont duré 4 ans et est sortie de l’école diplômée national de design et de sculpture (NDD).
Durant son séjour à Londres, elle est devenue l’élève du sculpteur Jacob Epstein.
Après son diplôme, elle se perfectionne à l’académie des beaux-arts de Florence, ou le sculpteur Venturino Venturini l’a prise comme élève pendant 1 an. Elle a aussi vécu quelques temps à Vienne et est retournée au Pakistan Orientale par la suite.
Novera ne portait jamais de vêtements Européen, elle ne portait uniquement que les vêtements traditionnels de l’Inde (Saree et tchuridar). Elle quittera définitivement le Pakistan en décembre 1963 et n'y retournera jamais. Elle commença alors à voyager en Europe et sur d'autres continents pour acquérir un enseignement artistique au contact de l'Occident.
Retour en arrière
Ce qui l'a conduit à réaliser une première œuvre publique, une frise architecturale pour la bibliothèque publique en 1957 à Dacca, capitale du Bangladesh. Elle reçoit également la même année une commande pour le design de « Shaheed Minar», grand monument historique pour les martyrs du Mouvement de la langue maternelle et la première fontaine moderne dans ce pays, agrémentés de parterres, et fruits d'une collaboration avec son assistant, Hamidur Rahman, formé à la peinture de fresque. Lors de sa réalisation elle fut expulsée en 1958, à la suite d'un coup d'Etat sous l'ordre du Général Ayoub Khan (gouvernement militaire du Pakistan), lui laissant seulement 48h pour quitter les lieux et laissant l'œuvre inachevée.
Elle reviendra par la suite et fera sa première exposition en plein air à Dacca ou elle obtiendra un prix d’Etat.
En 1959, elle partira pour six mois en Birmanie pour apprendre la sculpture sur bois.
En 1960, 75 de ses sculptures en béton seront exposées sous le patronage des Nations Unies avec la collaboration de l’Asian Foundation.
En 1961 elle participera à une exposition collective à Lahore, au Pakistan ou elle recevra le prix " The First Presidential award in Sculpture" pour la sculpture "l'enfant philosophe". À la fin de l’année, elle part en Inde pour acquérir l’esprit de la danse Nataraj Bharat natyan en vue d’une sculpture.
Fin 1962 elle entamera le premier grand tour dans le Sud-Est asiatique, Thaïlande, Hongkong. Sa soif de culture la conduira ensuite à Vienne, en Autriche ou elle se familiarisera avec les grands peintres et dessinateurs viennois.
Quand elle vint en France en 1963, elle se lie d’amitié avec César et rencontre Giacometti.
En arrivant en France, Novera avait déjà réalisé plus d’une centaine de sculptures et avait déjà commencée à peindre en utilisant les bombes de peintures à l’aérosol presque au même moment que les artistes américains. Elle utilisera les bombes/spray sur des carcasses d’avions U.S abattus, ramassés lors de ses nombreux voyages au Laos vers la fin des années 1960 (1968). On pourrait dire qu’elle accompagna, inconsciemment, le mouvement Pop américain et anglais presque au même moment. Cette démarque évoque les débuts de la création des Combine paintings de Robert Rauschenberg.
En 1969, départ pour Bangkok ou elle y resta jusqu'en 1970. Également en 1970, elle exposera 33 de ses sculptures monumentales à l’Alliance Française de Bangkok avec le soutien du Doyen de la faculté des Arts Décoratifs de l’Université Silpakorn, dont 11 réalisées avec des débris d’avions US abattus en Indochine. Elle retournera à Paris en 1971.
En 1973, Elle exposera à la Galerie Rive Gauche, chez Augustin Cy (44, Rue de Fleurus, Paris).
Novera aura un grave accident de voiture, et restera immobilisée en fauteuil roulant. Elle voyagera plus t**d en Turquie, au Péloponnèse (1977). Elle reprendra son travail d’artiste quelques années plus t**d. Elle suivra son compagnon qui préparait un livre sur la peinture italienne : Rome, Florence et Naples... Elle vivra trois mois à Venise avec lui. Elle s’installera à Chantemesle en 1984, commune de Haute Isle, non loin de Vétheuil, dans un rendez-vous de chasse qu’elle transforme en atelier d’artiste. Elle recommencera à sculpter et à peindre dès son installation
En 1997, elle obtient une distinction civile du Bangladesh L’ « Ekushey Padak », instituée en mémoire des martyrs du Mouvement pour la Langue bengali de 1952, c'est la deuxième distinction civile la plus élevée du pays. Le prix est décerné annuellement par le ministère des Affaires culturelles en reconnaissance de contributions apportées par des personnalités du pays et ce dans différents domaines, notamment la culture, l'éducation et l'économie.
En 2014 une Rétrospective 1969-2014 est réalisée sous la direction de Mr Patrick Amine, commissaire de l’exposition dans la galerie de son mari, Mr De Brouhns Gregoire, 2 rue Pierre Legrand à Paris.
En 2015, sous la direction de Mr Patrick Amine, une exposition des œuvres de Novera aura lieu au Château de d'Oiron.
Le 5 mai 2015 Novera nous quittait à la suite d’un combat acharné contre la maladie.
Ses œuvres restent aujourd'hui dans plusieurs musées du Bangladesh et Pakistan, en Asie et dans des collections privées.
A la suite de son décès, son époux décida d'ouvrir un musée, en 2018, mémorial de ses œuvres qui sont exposées de façon permanente.