27/09/2026
*** 🍅 Pomodoro ⏲️ ***
Depuis deux jours, et alors qu’il devait normalement travailler, nous n’avions vu Choco qu’en fin de journée, uniquement lorsqu’il passait boire son café. Alors que les pronostics sur son absentéisme allaient bon train, Lucie, qui venait d’arriver, lança : « Pomodoro ! »
S’en suivit un court silence circonspect, puis quelqu’un dit : « Pomodoro ? Je vois pas bien en quoi l’absence de notre employé de l’année a un rapport avec les tomates ! »
« C’est aussi une technique de travail », expliqua Lucie. « En gros, tu fais 25 minutes de travail intense, puis 5 à 10 minutes de pause. Puis tous les trois ou quatre pomodori, tu fais une grosse pause de 20 à 25 minutes afin de récupérer. »
« Euuuh, alors je veux pas dire, mais déjà, travail intense et Choco, ça matche pas ! De plus, là il est plus sur du 25 minutes pour boire un café, de façon intense, si tu veux, et le reste de la journée à récupérer de la fatigue de se l’être fait couler ! Son pomodoro, si tu veux mon avis, c’est encore une belle entourloupe pour nous faire bosser à sa place ! »
Sur ces mots, les portes coulissantes du musée s’ouvrirent pour laisser entrer Collombine, l’air clairement furieux.
« Laisse-nous deviner : Choco ? »
Après s’être calmée, notre ourse des cavernes nous raconta qu’elle revenait de la grange à matériel, lorsque son regard avait été attiré vers la terrasse du café de l’autre coté de la rue. Là, tranquillement assis, la fourrure au soleil, elle avait vu Choco, qui bavardait avec des clients, se faisant même offrir des gourmandises sucrées.
« Et tu ne lui as rien dit ?! » s’exclama Marilou.
« Bien-sûr que si. Je lui ai demandé ce qu’il faisait là plutôt que d’être au musée, où Lucie l’attendait pour qu’il prenne le relai à l’accueil. »
« Et alors ?»
Alors, Choco avait répondu qu’il faisait son pomodoro, et que contrairement aux apparences, ce n’était pas de tout repos. Eh oui, entretenir de bonnes relations avec les gens du coin afin qu’ils parlent du musée autour d’eux était un sacré investissement personnel. Collombine, qui sentait monter une colère à laquelle se mêlait intimement une grande lassitude, lui avait répondu qu’elle ne voyait pas en quoi négocier des pots de miel à moitié prix avec l’apiculteur du coin avait quelque chose à voir avec le musée. Eh oui, elle avait entendu une partie de leur discussion !
Choco avait haussé les épaules : « Si maintenant tu écoutes aux portes… » Avant d’ajouter que de toute façon il avait fini. Il allait pomodorer un peu pour se remettre de tout ça, puis, promis, il passerait au musée ensuite. Sur ces mots et sans lui laisser le temps de répondre, il s’était levé et était parti en direction du Cozon, laissant notre ourse des cavernes plantée là comme deux rayons de miel.
« Quel culot ! », souffla Lucie, abasourdie.
« Donc il va pomodorer pour se remettre de son pomodoro, si j’ai bien compris ? fit Robert. Un pomodoro dans le pomodoro. Sacrée mise en abîme !
Tout comme la veille, Choco se pointa en fin de journée pour se faire un couler un café.
« Ça va, t’es pas trop épuisé par tes pomodori successifs ?! » l’apostropha Marilou, qui ne digérait toujours cette histoire.
« C’est clair ! T’as pas l’impression que tu abuses un peu ? » renchérit quelqu’un d’autre.
« Oh là là ! Appena mostri originalità, sei subito malvisto ! » Lança l’ursidé en prenant son café et s’éloignant en chaloupant nonchalamment de la croupe vers la terrasse du musée.
« J’ai bien entendu ce que je viens d’entendre ? » s’enquit Marilou, pour le coup tirant vers un beau rouge pomodoro.
« Oui oui, il vient de nous répondre en italien...» lui confirma-t-on.
Nous nous regardâmes tour à tour, médusés.
A l’angle du mur de son bureau Collombine, qui avait assisté à la scène, secoua la tête, soupira, et regagna son bureau d’un pas traînant.
Bear Happy 🐻
© Laurent 🐺