Maison-Musée Colette

Maison-Musée Colette De 1891 à 1912, la maison du 20 rue de l'Eglise, à Châtillon-Coligny (Loiret), accueillit les membres de la famille Colette.

Elle fut le témoin d'un extraordinaire parcours d'émancipation.

"En guise de récompense, mon frère annonçait à la cantonade : "J'ai une tournée du tonnerre de Dieu... Adon, Montcresson...
06/08/2026

"En guise de récompense, mon frère annonçait à la cantonade : "J'ai une tournée du tonnerre de Dieu... Adon, Montcresson, Saint-Maurice..." Je ne me le faisais pas répéter. Et lorsqu'il jetait, au moment de partir, sa trousse de chirurgie sur le siège du cabriolet, il était sûr de me trouver installée avec mon livre, mon goûter, mon vieux manteau, prête au long trajet, aux côtes montées à pied pour soulager la jument, attentive à tondre des poignées d'avoine verte ou de foin fin pour faire plaisir à la jument, bref réintégrée dans mon enfance..." (Colette, "Noces", Gigi, 1945)

Photographie par Achille Robineau-Duclos, le frère de Colette.

Le 3 août 1954, Colette s'éteint dans son appartement du Palais-Royal, à Paris. Sa petite flamme avait bu toute son huil...
03/08/2026

Le 3 août 1954, Colette s'éteint dans son appartement du Palais-Royal, à Paris. Sa petite flamme avait bu toute son huile. Le 7, l'Etat français lui accorde, pour la première fois à une femme, des obsèques nationales. Des milliers de parisiennes et de parisiens défilent devant le catafalque dressé dans la cour d'honneur, entouré de dizaines de bouquets, de couronnes et de gerbes de fleurs, envoyés par des anonymes comme par les grandes célébrités de l'époque. "Au Père-Lachaise, le 7 août 1954, il ne s’agissait pas de pompes funèbres, mais bien de jardiniers qui bêchent, d’un passage d’un règne à un autre, d’une terre et d’une chair qui collaborent", confie son ami Jean Cocteau. Colette sera inhumée au Père Lachaise, tandis que ses parents Sido et le Capitaine, et ses frères, les "sauvages", Achille et Léopold, reposent à Châtillon-Coligny. Dans une ultime confidence, l'écrivaine âgée, malade et souffrante, avait redit sa foi dans les éclosions et les renaissances, celles que la nature lui avait permis d'admirer pendant 81 ans :

"Plus que sur toute autre manifestation vitale, je me suis penchée, toute mon existence, sur les éclosions. C’est là pour moi que réside le drame essentiel, mieux que dans la mort qui n’est qu’une banale défaite. Tout ce qui m’a étonnée dans mon âge tendre m’étonne aujourd’hui bien davantage. L’heure de la fin des découvertes ne sonne jamais. Le monde m’est nouveau à mon réveil chaque matin et je ne cesserai d’éclore que pour cesser de vivre." (Colette, allocution, janvier 1954)

"À mes dépens, j’ai eu le temps d’éprouver que la tentation du passé est chez moi plus véhémente que la soif de connaîtr...
28/07/2026

"À mes dépens, j’ai eu le temps d’éprouver que la tentation du passé est chez moi plus véhémente que la soif de connaître l’avenir. La rupture avec le présent, le retour en arrière et, brusquement, l’apparition d’un pan de passé frais, inédit, qu’ils me soient donnés par le hasard ou par la patience, s’accompagnent d’un heurt auquel rien ne se compare, et duquel je ne saurais donner aucune définition sensée. Haletant d’asthme parmi la nue bleuâtre des fumigations et le vol des pages une à une détachées de lui, Marcel Proust pourchassait un temps révolu. Ce n’est guère le rôle des écrivains, ni leur facilité, que d’aimer l’avenir. Ils ont assez à faire avec l’obligation de constamment inventer celui de leurs héros, qu’ils puisent d’ailleurs dans leur propre passé. Le mien, si j’y plonge, quel vertige ! Et quand c’est son tour d’émerger, imprévu, d’offrir à la lumière actuelle sa tête de sirène mouillée, ses jeux décevants d’hôte des profondeurs, je tiens à lui encore plus fort. Outre la personne que je fus, il me révèle celle que j’aurais voulu être." (Colette, "La Lune de Pluie", dans "Chambre d'hôtel)

Colette en 1891-92. Quelques détails de la cour intérieure de la maison de la rue de l'Eglise, photographiés par Georges Carillo.

« Que tu étais riche, ce matin-là, dans ta petite maison !  Riche d’un matin de plus, d’une nouvelle victoire sur la mal...
26/07/2026

« Que tu étais riche, ce matin-là, dans ta petite maison ! Riche d’un matin de plus, d’une nouvelle victoire sur la maladie, riche d’une tâche de plus, d’une joaillerie de reflets dans l’eau courante, d’une trêve de plus entre toi et tous tes maux… Tu savonnais du linge dans la rivière, tu soupirais, inconsolable de la mort de ton bien-aimé, tu faisais « Uiii ! » aux pinsons, tu pensais que tu me conterais ta matinée… O thésauriseuse !… Ce que j’entasse n’est pas du même aloi. Mais ce qui en demeurera vient du filon parallèle, inférieur, amalgamé de grasse terre, et je n’ai pas trop tardé à comprendre qu’un âge vient où au lieu de s’exprimer toute en baumes, en pleurs mortels, en souffle embrasé et décroissant, sur les beaux pieds qu’elle embrassait, impatients de courir le monde, – un âge vient où il n’est plus donné à une femme que de s’enrichir.» (Colette, La Naissance du jour, 1928)

Très rare photographie prise par Achille, le fille de Sido, peut-être lors d’une tournée lors des environs de Châtillon-Coligny. Le lieu exact n’a pas été (encore) identifié.

« Ç’avait été un petit mariage bien modeste que le mien. Pourtant l’étrange ne lui manquait pas. Premièrement tout photo...
25/07/2026

« Ç’avait été un petit mariage bien modeste que le mien. Pourtant l’étrange ne lui manquait pas. Premièrement tout photographe, fût-il amateur, s’en était vu bannir. La mariée échappait au satin duchesse, au diadème en fleurs de cire. Une mousseline tissée de petits bouquets, froncée en rond à l’encolure, froncée en rond autour de la taille, un large ruban blanc noué sur le front – « à la Vigée-Lebrun », disait ma mère –, ma longue tresse perdue dans les plis de ma longue jupe, je ne vois rien de plus à dire de moi, sinon que j’étais bien gentille, et pâlotte. » (Colette, « Noces », Gigi, 1944)

Ci-dessous un rare document, la seule photographie supposée du mariage de Colette dont plusieurs biographes contestent l’authenticité. La tentation est grande pourtant et on se prend à rêver d’une photo volée…

« Cela me semble étrange, à présent, que je l’aie si peu connu. Mon attention, ma ferveur, tournées vers “Sido”, ne s’en...
23/07/2026

« Cela me semble étrange, à présent, que je l’aie si peu connu. Mon attention, ma ferveur, tournées vers “Sido”, ne s’en détachaient que par caprices. Ainsi faisait-il, lui, mon père. Il contemplait “Sido“. En y réfléchissant, je crois qu’elle aussi l’a mal connu. « Ton incorrigible gaîté ! » s’écriait ma mère. Ce n’était pas reproche, mais étonnement. Elle le croyait g*i, parce qu’il chantait. Mais, moi qui siffle dès que je suis triste, moi qui scande les pulsations de la fièvre ou les syllabes d’un nom dévastateur sur les variations sans fin d’un thème, je voudrais qu’elle eût compris que la suprême offense, c’est la pitié. Mon père et moi, nous n’acceptons pas la pitié. Notre carrure la refuse. À présent, je me tourmente, à cause de mon père, car je sais qu’il eut, mieux que toutes les séductions, la vertu d’être triste à bon escient, et de ne jamais se trahir. » (Colette, Sido, 1930)

Le capitaine Colette à Châtillon-Coligny, photographié par Achille, son fils.

"La lettre que je viens de recopier, ma mère l’écrivit d’une main encore libre. Ses plumes pointues griffaient le papier...
15/07/2026

"La lettre que je viens de recopier, ma mère l’écrivit d’une main encore libre. Ses plumes pointues griffaient le papier,elle faisait grand bruit en écrivant. Le bruit de cette lettre,où elle se défendait — où elle nous défendait — contre la prison, la maladie et l’impudeur, dut emplir sa chambre d’un grattement de pattes d’insecte furieuses. Pourtant au bout des lignes les derniers mots descendent, attirés par une pente invisible. Si brave, elle a peur. Elle songe à la terrible dépendance, à toutes les dépendances ; elle prend la peine de me mettre en garde… Il fait bon prendre une pareille leçon de maintien. Quel ton ! Je crois l’entendre, et me redresse." (Colette, La Naissance du jour, 1928)

« Mon père trembla, longtemps, de la voir mourir avant lui. C’est une pensée commune aux amants, aux époux bien épris, u...
08/07/2026

« Mon père trembla, longtemps, de la voir mourir avant lui. C’est une pensée commune aux amants, aux époux bien épris, un souhait sauvage qui bannit toute idée de pitié. « Sido », avant la mort de mon père, me parlait de lui, aisément soulevée au-dessus de nous :
– Il ne faut pas que je meure avant lui. Il ne le faut absolument pas ! Vois-tu que je me laisse mourir, et qu’il se tue, et qu’il se manque ? Je le connais…, disait-elle d’un air de jeune fille.
Elle rêvait un peu, les yeux sur la petite rue de Châtillon- Coligny, ou sur le carré de jardin prisonnier.
– Moi, je risque moins, tu comprends. Je ne suis qu’une femme. Passé un certain âge, une femme ne meurt presque jamais volontairement. Et puis je vous ai, en outre. Lui, il ne vous a pas. Car elle savait tout, et jusqu’aux préférences indicibles. » (Colette, Sido, 1929-1930)

"Le printemps imprégnait notre refuge d'une précoce chaleur, et dans l'air léger de mai s'entrecroisaient les parfums du...
30/06/2026

"Le printemps imprégnait notre refuge d'une précoce chaleur, et dans l'air léger de mai s'entrecroisaient les parfums du lilas, du jeune estragon, de la giroflée brune. A cette époque, j'endurais le mal d'avoir quitté mon village natal, et je le soignais en silence dans un nouveau village, parmi l'amertume du printemps et ses premières fleurs. Contre un mur déjà chaud, j'appuyais mes joues de jeune fille anémique, mes petites oreilles décolorées, et toujours quelque extrémité d'une de mes trop longues tresses traînait loin de moi sur l'humus fin et tamisé d'un semis." (Colette, Broderie ancienne)

Colette à Châtillon-Coligny. Coll. La Maison de Colette

"J’ai chaud. La chaleur m’occupe comme une maladie et comme un jeu. Elle suffit à remplir toutes les heures du jour et d...
22/06/2026

"J’ai chaud. La chaleur m’occupe comme une maladie et comme un jeu. Elle suffit à remplir toutes les heures du jour et de la nuit. Je ne parle que d’elle ; je me plains d’elle avec passion et douceur, comme d’une caresse impitoyable. C’est elle – regarde ! – qui m’a fait cette marque vive au menton, et cette joue giflée, et mes mains ne peuvent quitter les gantelets, couleur de pain roux, qu’elle peignit sur ma peau. Et cette poignée de grains d’or, tout brûlants, qui m’a sablé le visage, c’est elle, c’est encore elle...
Non, ne descends pas au jardin ; tu me fatigues. Le gravier va craquer sous tes pas, et je croirai que tu écrases un lit de petites braises. Laisse ! que j’entende le jet d’eau qui gicle maigre et va tarir, et le halètement de la chienne couchée sur la pierre chaude. Ne bouge pas ! Depuis ce matin je guette, sous les feuilles évanouies de l’aristoloche,qui pendent comme des peaux, l’éveil du premier souffle de vent. Ah ! j’ai chaud ! Ah ! entendre, autour de notre maison, le bruit soyeux, d’éventail ouvert et refermé, d’un pigeon qui vole !" (Colette, Le Voyage égoïste, 1922-1928)

Colette à l'éventail, photo d'Achille Robineau-Duclos, à Châtillon-Coligny.

Adresse

20, Rue De L'Église
Châtillon-Coligny
45230

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