18/10/2026
18 octobre 2026
Je casse la noisette et sur ses petits éclats, j’y coulisse mes mots et crée poème. Je regarde le résultat. Il ne contient pas la magie qui trottait dans ma tête. Je prends une résolution ferme. Je le jette dans la corbeille du néant.
Je pratique, ainsi, presque tous les jours. Je suis l’insatisfait des écrits que je produis. Je ne conserve que ceux, qui semblent contenir l’émotion première afin d’éventuellement les affiner.
Les autres, je les pulvérise, les éparpille. Je ne conserve que quelques trouvailles qui pourraient servir plus t**d. Le reste, je l’envoie choir dans le vide qu’il n’aurait jamais dû quitter.
Ça sert à quoi ? A rien ! Écrire est une boussole. Elle indique si je vis encore l’aventure dans l’émerveillement. C’est tout ! C’est ma façon de la vivre intense, l’existence.
Marie possède deux soleils sous le front. D’un bleu transparent, les phares, sous cils longs, rayonnent lorsqu’elle dessine avec ses lèvres, l’esquisse d’un sourire.
Imaginez, la fille ! La peau halée, la divine se meut joliment canon avec ses cheveux fins et bruns qui tombent en cascade sur ses épaules. Des seins aux fesses, de son ventre au nombril gracieux, sans oublier ses mignons petits pieds, toutes ses formes et ses lignes naissent de la perfection. Je sais. J’ai vu. Elle fit partie de ce petit nombre de filles qui acceptèrent le mendigot comme amant.
Dans une ville de province, la pauvre attirait le regard mâle et même celle de son genre, qui n’ont que le sexe pour unique préoccupation. Harcelée, la nymphe déposa son dévolu sur ce trublion qui, un soir, sans arrière pensée, lui fit un acrostiche dans un bistrot. Elle le trouva sincère, anachronique, au milieu de l’origami superficiel..
Dès lors, la minette s’afficha avec lui (à son grand étonnement), pour montrer selon son expression « qu’elle était en main » afin que cesse la manège de ceux qui ne voyait en elle qu’un objet se**el.
Notre compagnonnage fut de courte durée. Marie bossait dans une banque. Sa mutation vers une autre cité mit fin à notre relation.
La belle reste inscrite dans le registre des émotions pures. Nous avions en commun d’effacer les soucis par des rires de gosses, de ne pas vas nous att**der sur les vétilles. Elle accepta, derechef, ma bizarre façon d’appréhender le monde
Je m’en souviens. La première fois de nos ébats, je mis temps fou pour lui dégrafer son soutif. Elle en riait aux éclats et mi-compatissante, consentit à aider le maladroit, afin d’ôter l’un des derniers obstacle à sa nudité.
Je parle d’elle car j’ai relu, incidemment, le texte qu’elle inspira et que je publiais trois ans plus t**d dans un recueil « La forêt d’encre ». Je ne suis pas rat. Je le mets au menu du jour.
C’est tout ce que j’avais à conter avant de vous envoyer, rite oblige, poèmes et proses qui, cette semaine, ont évité la poubelle.
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MARIE
Acagnardée dans la campagne, la lumière des arbres descend au bord de l’aber. Sur la margelle de l’horizon, en équilibre, un nuage perçoit la chute du soleil. Les couleurs épousent la prairie, le firmament, la robe de la terre. Les images se propulsent dans les vitraux des chênes.
Vert, bleu, rouge au jaune, le décor du monde se métamorphose aux rythmes des dérisions souterraines. Marie a rangé ses outils dans la grange, épongé son front de la sueur du jour, abreuvée de l’ouvrage, elle retourne aux sources de son rêve.
Rien de tout ceci ne me concerne. La pluie arrange la saison. La poésie en renouvelle les passions. Endormi, je suis dans les bras de Marie, le bouleversement de l’âme.
(La Forêt d’encre, éditions LE CHÊNE HERBU, 1992)
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MON UNIQUE AMBITION
Un léger souffle de vent sur la plage.Visible sur la face dorée du sable, un galet, bleu rose. Je cherche le verbe. Je trouve. Les vagues glapissent en se fracassant sur le rocher.
Rien à prouver mais tenter le ressenti, l’intégrer naturel au phrases écrites. Peu importe qu’on y parvienne ou pas ! Le polissage des phrases apporte à celui qui s’échine à l’exercice, la confiance pour la venue future d’une transe.
Moi, ce fut l’unique ambition de mon existence.
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LA BOUTEILLE
Je l’ai cueillie, sur les réseaux sociaux. Puisque je m’alarme plus de rien, j’ai mis cette matière en bouteille. La vanité, le superficiel, le sentimentalisme dégoulinant composent l’essentiel de ce magma.
Il y a, aussi et surtout la haine, la méchanceté, l’envie et d’autres médiocrités du comportement humain, rarement la sincérité.
Je liche cette bouteille, prêt à tout, pour ressentir une transcendance, derrière cette immonde production..
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FILLE DE JOIE
Vient la pluie
nettoyer les toits
de la sèche rigueur
d’une canicule finissante
Je n’offre de mes doigts
que la nervure
de mes pensées
Elle ignore le péché
de se croire unique
et danse
fille que la joie a perdu
sur les phalanges
de mon cerveau.
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REGRET
Le drapeau
est un paysage rouge
S’effiloche
tache de sang sur le
coin de la toile
En robe bleue
s’enivre de parfums
sur le balcon là haut
une fille absorbée
par le crépuscule
Voilà toile
que j’eus peinte
si j’avais don
de peindre
Serge Mathurin THÉBAULT