21/07/2026
Photoreporter depuis les années 1980, Eric Bouvet a traversé les crises, celles qui ont bouleversé la planète comme celles qu'a connues le milieu de la photographie. Il a su s'adapter en se remettant en question, au point que ses travaux récents comme Hexagone , Élévations ou Sexe, Love ont peu à voir avec ses reportages plus anciens, réalisés aux quatre coins du monde pour les plus grands magazines français et internationaux. C'est une discussion à bâtons rompus à laquelle nous nous sommes livrés dans son atelier, à Paris. Une interview à retrouver dans son intégralité dans notre numéro 392.
Eric Bouvet :
"Je me souviens très bien de mon retour de Tchétchénie. Ma femme enceinte de 6 mois vient me chercher à l'aéroport avec notre fils. Deux heures plus t**d, je me retrouve au vernissage de mon exposition au Carrousel du Louvre qui s'appelle Fashion Victim. Je me change dans le parking de l'aéroport et nous partons directement au Louvre. Le contraste est violent. D'un côté, la guerre. De l'autre, les petits fours, le champagne, les conversations mondaines. Et des gens qui, fort heureusement, ne savent pas ce qu'est la guerre. Je ne leur en veux pas, au contraire. Mais ce soir-là, j'étais à deux doigts d'exploser. On me regardait en me disant : “Tu as l'air fatigué”, “Tu as l'air malade” . Mais ils n'avaient aucune idée de ce que je venais de vivre, aucune idée de ce que j'avais laissé derrière moi. Les morts, les blessés, les disparus. Tu te demandes ce que sont devenus les gens que tu as croisés, ceux qui t'ont aidé, ceux que tu as vus souffrir. Parfois, tu as simplement l'impression d'avoir la tête à l'envers. J'ai eu beaucoup de chance. Ma famille a toujours été mon point d'ancrage. C'est elle qui m'a permis de garder les pieds sur terre."
📸 Photo issue de la série "Russian commandos", réalisée en immersion en Tchétchénie avec les forces spéciales russes.