09/23/2026
𝗗é𝗰𝗲𝗻𝗻𝗶𝗲 𝟭𝟵𝟴𝟬 : 𝗟𝗲𝘀 𝗼𝘂𝘁𝗶𝗹𝘀 𝗽𝗿𝗼𝗺𝗼𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝘀 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹’𝗮𝗿𝗿𝗶𝘃é𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲𝗿𝘀 𝗴𝘂𝗶𝗰𝗵𝗲𝘁𝘀
À l’été de 1981, le Mouvement Desjardins annonce un projet-pilote novateur qui allait bouleverser les habitudes : le guichet automatique. Derrière cette innovation se cache une promesse simple mais révolutionnaire — abolir la contrainte du temps. Après Inter-Caisses, qui avait effacé les frontières de l’espace, voici que le guichet automatique ouvre la voie à une autonomie nouvelle : celle du libre-service. Plus besoin d’attendre l’ouverture des portes; la machine se tient prête, jour et nuit, pour servir le membre en mode autonome.
Le premier distributeur automatique de billets au monde voit le jour en 1967, lancé au Royaume-Uni par la banque Barclays. Deux ans plus t**d, en 1969, la Banque Canadienne Impériale de Commerce introduit cette innovation au Canada, d’abord à Toronto, puis au Québec en 1972. Au début des années 1980, la technologie demeure toutefois peu répandue : à Montréal, on ne compte qu’une vingtaine de guichets automatiques, principalement mis en service par la Banque de Montréal. La Banque Toronto-Dominion, la Banque de Nouvelle-Écosse et la Banque Royale en déploient également, mais uniquement dans la région de Toronto. Le Mouvement Desjardins accuse alors un certain ret**d, certes, mais l’usage des guichets automatiques reste marginal dans la population.
Le projet pilote se déroule dans la région de Trois-Rivières, en 1982, avec la participation de cinq caisses populaires. L’expérience s’avère un succès. Les guichets sont implantés progressivement et en 1984, on dénombre 118 guichets automatiques. Ils font aussi leur apparition dans les caisses populaires de l’Ontario. La progression est fulgurante et en 1993, le Mouvement Desjardins possède 1675 guichets automatiques, soit 42,7% de tous les guichets du Québec.
Le déploiement des guichets automatiques, une technologie encore nouvelle pour les membres, s’accompagne d’une stratégie soigneusement planifiée. On estime qu’un seul appareil doit effectuer entre 8 000 et 10 000 transactions par mois pour être rentable. « Comptez sur lui ! » : tel est le slogan de la vaste campagne publicitaire lancée à l’échelle du Québec. De mars à juin 1983, la télévision et les journaux diffusent massivement cette campagne, qui connaît un tel succès qu’elle est relancée à l’automne suivant.
Au sein de certaines caisses, on procède à un lancement officiel en présence de journalistes. C’est l’occasion d’y rencontrer un invité spécial et « futuriste » : un robot baptisé « NIP ».
Coiffé d’un petit chapeau, NIP visite aussi diverses caisses populaires et se promènent au sein des centres commerciaux, en informant les membres de la venue des guichets, en plus de répondre à leurs questions. De nombreux autres outils promotionnel sont utilisés : dépliants, encarts, affiches, macarons. On s’adapte parfois aux réalités locales : dans la région de Québec, nul autre que Bonhomme Carnaval est invité à adhérer au guichet automatique de sa caisse populaire.
Le guichet automatique peut sembler complexe et suscite des craintes chez certains membres. Des « animateurs » et « animatrices » sont installés sur les sites des guichets afin d’en expliquer le fonctionnement et d’encourager les membres à tenter l’expérience. Le personnel des caisses joue alors un rôle primordial et sécurisant.
Notons aussi que de nombreux membres s’inquiètent de l’avenir des employés des caisses. Toutefois, on précise qu’il ne s’agit pas de réduire le nombre de caissiers. L’objectif est de les libérer de certaines tâches administratives et certaines opérations simples et courantes, afin qu’ils puissent consacrer davantage de temps à offrir un service personnalisé aux membres.
Cette campagne marque un tournant dans l’histoire du Mouvement Desjardins : elle ne se limite pas à promouvoir une nouvelle technologie, mais prépare les membres à adopter une façon pratique de gérer une partie de leurs finances. Grâce à cette stratégie audacieuse, les guichets automatiques passent rapidement du statut de curiosité à celui d’outil incontournable, ouvrant la voie à une modernisation durable des services offerts.
À cette époque, on était encore loin de croire qu'un jour, même cette technologie deviendrait désuète pour la plupart de nos transactions quotidiennes 😲