08/14/2026
Chaque mois, découvrez des archives et objets importants de l'histoire de Desjardins.
𝗗é𝗰𝗲𝗻𝗻𝗶𝗲 𝟭𝟵𝟳𝟬: 𝗟𝗲 𝘁𝗲𝗿𝗺𝗶𝗻𝗮𝗹 𝗲𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗼𝗰𝘂𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝗱𝘂 𝗽𝗿𝗼𝗷𝗲𝘁 𝗦𝗜𝗖
Dans une salle d’exposition à l’Édifice Desjardins, au 59 avenue Bégin à Lévis, repose un objet de couleur beige, typique des débuts de l’ère informatique: un terminal du Système intégré des caisses (SIC), lancé en 1970. Dans une boîte d’archives conservée dans les réserves, dorment les documents de ce projet qui a façonné l’avenir du Mouvement Desjardins. Ensemble, ils racontent une histoire de vision et d’audace.
Avant le SIC, la comptabilité des caisses populaires se déroule encore dans un univers largement manuel. Les registres s’empilent, les écritures s’accumulent, et chaque calcul d’intérêt exige patience et précision. La moindre erreur peut coûter des heures de travail. Dès le début des années 1960, certaines caisses prospères franchissent un pas vers la modernité en adoptant des machines comptables électroniques. Ces appareils, utilisant des cartes perforées ou magnétiques, permettent d’automatiser certaines opérations comme la mise à jour des livrets d’épargne ou le calcul des intérêts. Mais ces solutions demeurent coûteuses et disparates : chaque caisse agit à sa manière, sans uniformité, et la complexité technique limite leur déploiement à grande échelle.
En 1965, la Fédération provinciale crée le Comité provincial d’étude des besoins de la mécanisation afin de réfléchir à ces enjeux et trouver des solutions. Son verdict est clair : il faut informatiser. Les systèmes bancaires existants ne répondant pas aux besoins des caisses, Desjardins s’allie à IBM pour concevoir un système sur mesure. En juillet 1969, la Fédération signe avec IBM un contrat d’une valeur de plus de 7 millions de dollars. Il s’agit alors de l’un des plus importants contrats signés au Canada entre une entreprise informatique et une institution financière. Il vise le développement d’un système de télétraitement des données qui sera éventuellement étendu à l’ensemble des caisses. Après un an de travail acharné, le SIC voit le jour en avril 1970.
Les premières caisses pilotes deviennent des laboratoires d’innovation. Elles apprivoisent ce nouvel outil, testent ses limites, et révèlent les défis humains derrière la technologie : « Le problème majeur, ce n’est pas la machine, mais tout le changement de connaissance », dira Simon L’Heureux, l’un des concepteurs. Les employés doivent apprendre une comptabilité entièrement nouvelle, passer d’une logique de caisse-recettes à une comptabilité d’exercice. Certains gérants redoutent que ces nouveaux équipements réduisent leur influence, tandis que d’autres préfèrent faire un détour dans les locaux, craignant que les ordinateurs puissent exploser, comme l’a raconté l’ancien inspecteur Jean-M. Bernier
Chaque nuit, dans le silence des caisses, le SIC automatise en différé des opérations comptables et administratives qui libèrent les employés : calcul des intérêts, versement de ristournes, virements entre comptes, clôture des états financiers, etc. Chaque jour, il ouvre la voie à des transactions en direct, rapides et fiables : ouverture et fermeture de compte, débit ou crédit dans les comptes du grand livre, etc.
Le déploiement est lent au départ, mais en 1972, 180 caisses (14% du réseau) sont déjà reliées au SIC. En 1975, le système est le plus important en Amérique du Nord et le neuvième au monde. En 1979, 1033 caisses (82,6% du réseau) sont informatisées.
Mais le SIC n’est pas qu’un outil technique. Il est symbole d’avant-garde. Il prépare l’avènement d’Inter-Caisses, qui permettra bientôt aux membres d’effectuer des transactions dans n’importe quelle caisse du réseau, une liberté impensable jusque-là.
Aujourd’hui, le terminal et les documents du projet SIC nous rappellent qu’en 1970, le Mouvement Desjardins a choisi de franchir un seuil décisif : passer d’un univers manuel à un réseau interconnecté, capable d’offrir à ses membres des services rapides et fiables.