05/20/2026
Chaque mois, découvrez des archives et objets importants de l'histoire de Desjardins.
𝐃é𝐜𝐞𝐧𝐧𝐢𝐞 𝟏𝟗𝟒𝟎 : 𝐋𝐞 𝐦𝐚𝐧𝐮𝐞𝐥 𝐝𝐞𝐬 𝐭𝐚𝐮𝐱…𝐨𝐮 𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐚𝐠𝐞𝐧𝐭 𝐝’𝐚𝐬𝐬𝐮𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞𝐯𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐬𝐚𝐯𝐨𝐢𝐫!
Nous vous présentons aujourd’hui un petit manuel, témoin des débuts de l’assurance de dommages chez Desjardins. Publié en 1949, il porte un titre évocateur : Manuel des taux – Ce que tout agent devrait savoir. Bien plus qu’un recueil de chiffres et de règles, il incarne une philosophie : celle d’un agent d’assurance engagé, proche des gens.
À cette époque, le paysage de l’assurance au Québec est dominé par des compagnies britanniques, américaines ou canadiennes anglaises. Les primes versées à ces entreprises servent peu le Canada français. Cette situation crée un sentiment d’injustice : l’argent des communautés locales nourrit les grands centres, tandis que les besoins essentiels demeurent insatisfaits.
Les caisses populaires, quant à elles, peinent à obtenir des protections à des tarifs raisonnables. Les gérants observent avec inquiétude que leurs sociétaires sont souvent mal assurés et que les biens hypothéqués, offerts en garantie des emprunts, ne bénéficient pas d’une couverture adéquate. Dans les paroisses rurales, où les services de lutte contre les incendies sont quasi inexistants, assurer la valeur totale d’une propriété relève de l’impossible, à moins de consentir à des primes exorbitantes.
Face à ces obstacles, des gérants de caisses de la région de Québec décident d’agir. Ils imaginent une société d’assurances qui appartiendrait à ceux qu’elle protège et cherchent à convaincre la Fédération provinciale de la réaliser.
Cette idée s’inscrit dans la droite ligne de la vision d’Alphonse Desjardins, formulée au début du siècle. Pour lui, la sécurité financière des classes populaires ne saurait reposer uniquement sur les coopératives d’épargne et de crédit : il faut aussi des sociétés d’assurances mutuelles, bâties sur la solidarité et la responsabilité partagée. Une assurance qui ne soit pas un privilège, mais un droit accessible à tous.
En 1943, deux hommes prennent la mesure de l’enjeu et décident d’agir : Cyrille Vaillancourt et Valmore De Billy. Avec détermination, ils explorent les différents modes d’organisation possibles, tracent les contours d’un projet ambitieux et rédigent les règlements qui en seront la charpente.
Un an plus t**d, en mai 1945, la Société d’assurance des caisses populaires (aujourd'hui DGAG) ouvre ses portes. Cette naissance marque un jalon historique : la première filiale du Mouvement Desjardins voit le jour.
À ses débuts, la société se consacre à une mission essentielle : offrir une assurance incendie aux sociétaires des caisses populaires, leur garantissant enfin une protection contre l’un des risques les plus redoutés. Peu à peu, son horizon s’élargit.
Le premier directeur général de la SACP est Joseph-Ovila Roby. En 1949, il publie le fameux Manuel des taux. Ce petit livre, initialement imprimé en 50 exemplaires « sur papier de luxe », comme Roby l’inscrit lui-même dans la page de garde, a pour but de mettre à la disposition des agents toutes les informations nécessaires à leur travail : descriptions des différentes polices, conditions d’admissibilité, informations légales, tables de taux, comment réagir et quoi faire selon les situations et, bien sûr, les rôles et responsabilités de l’agent et les qualités que l’on attend de lui.
Ainsi, on y apprend que l’agent d’assurance de la SACP est un « citoyen sérieux et actif, fier de sa ville ou de son village, au bien-être duquel il contribue au même degré que le professionnel, l’industriel ou l’ouvrier. […] Si par malheur un sinistre frappe son client, l’agent d’assurance sera à ses côtés […] L’agent joue auprès de l’assuré le rôle du meilleur ami aux pires moments. Il est donc l’une des personnes précieuses que le public peut avoir à sa disposition. »
On exige également de l'agent qu'il soit honnête, car il doit enquêter sur les risques moraux du potentiel assuré (négligence, malpropreté, habitudes d'extravagance, mauvaises relations avec les voisins et turpitude morale, entre autres). De plus, il convient pour l'agent de ne pas assurer les industries qui sont une nuisance publique, tel qu'un abattoir dans un quartier résidentiel ou un commerce de petites vertues.
Aujourd’hui, le service à la clientèle repose sur des technologies avancées, des plateformes numériques et des processus automatisés. Pourtant, l’essence demeure la même: être présent, écouter, accompagner. Quatre-vingts ans plus t**d, la mission se poursuit.