26/09/2026
SAINT CÔME ET SAINT DAMIEN, PROTECTEURS DES MÉDECINS ET DES CHIRURGIENS [1]. • La fête de saint Côme et saint Damien, inscrite au calendrier à la date du 26 septembre est restée, à travers plus de seize siècles et jusqu'aujourd'hui, une tradition particulièrement populaire et vivante dans de nombreuses localités et régions, prenant, de plus, une dimension symbolique en étant depuis le Haut Moyen Âge les patrons protecteurs des médecins, des chirurgiens, et des apothicaires, puis des autres professions de santé [fête inscrite à la date du 27 septembre jusqu'en 1970 ; célébrée le 1er juillet par les Églises orthodoxes, ainsi que le 1er novembre par certaines Églises orientales] | nota : saint Luc, autre patron traditionnel des médecins, étant plus spécifiquement attaché à la 'Médecine', en tant qu'institution, et en particulier aux Facultés de médecine dès les débuts des Universités. • Au 3e siècle, il y a presque deux millénaires, les frères jumeaux Côme et Damien [Qozma wa Dimyān, Κοσμας και Δαμιανος, Cosmas et Damianus] furent, selon la tradition, deux praticiens originaires d'Arabie ayant exercé notamment dans le port d'Égée puis dans la province de Cilicie [rattachée à la province romaine de Syrie sous l'empereur Tibère vers l'an 27], offrant gratuitement leurs soins, d'où leur qualificatif/ surnom d'"Anargyres" [en grec : αναργυροι/ anargyroi" = sans argent] ; dans le cadre de la persécution des chrétiens par l'empereur Dioclétien (c.244-311), ils furent arrêtés et condamnés à mort en l'an 287 ou en 301/303 (selon les différents auteurs). • Côme et Damien sont vénérés comme saints depuis le 4e siècle, d'innombrables miracles leur ayant été attribués, déjà de leur vivant, et après leur mort. | À partir du Moyen Âge, de nombreuses confréries portèrent leurs noms, telle la communauté des CHIRURGIENS DE PARIS, fondée par Louis IX (1214-1270), roi de France [SAINT LOUIS], dénommée "Confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien", puis "Collège de Saint-Côme" [anciennement orthographié en français 'Cosme', d'après le prénom latin 'Cosmas'], avec un amphithéâtre du même nom construit en 1691-1695 [ancêtre de l'Académie nationale de Chirurgie, fondée en 1731] ; les effigies de saint Côme et saint Damien figuraient sur les blasons et sceaux de plusieurs institutions tel, par exemple, celui de la célèbre FACULTÉ DE MÉDECINE de Pont-à-Mousson [Mussipontum], créée en 1598 (avec une chaire d'anatomie et chirurgie ouverte en 1602), transférée en 1768 à Nancy par le roi Louis XV (1710-1774), et repris, sous forme actualisée, comme actuel logo du Département d'anatomie de la Faculté de médecine de Nancy [dép. Meurthe-et-Moselle,54].
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> illustration : page de titre de l'ouvrage "FELDTBUCH DER WUNDTARTZNEY" (1517) par le chirurgien strasbourgeois Hans von GERSDORFF (c.1455-1529), premier et plus ancien ouvrage de CHIRURGIE imprimé en langue allemande (la tradition internationale en médecine, ainsi que dans toutes les disciplines académiques, étant alors l'usage du latin) [en allemand, 'Feldbuch' = carnet de campagne, livre pratique ; 'Wundarz(e)nei' = chirurgie / 'Wundarzt' = chirurgien, composés de 'Wunde' = blessure, plaie, et 'Arz(e)nei' = médecine / 'Arzt' = médecin, littéralement 'médecine des blessures'], publié à STRASBOURG (Alsace) en 1517 par le célèbre imprimeur/ éditeur Johannes Schott (c.1477-1550) [Mit Keyserlicher-freyheit getruck zū Strassburg durch Johannē Schott] (reproduction ancienne) • gravure sur bois représentant : (i) SAINT CÔME [en latin, Cosmas], plus spécifiquement patron des chirurgiens, à droite, tenant une spatule de la main droite et un pot à onguent dans sa main gauche, deux de ses attributs classiques [nota : blason de l'Académie de Chirurgie (créée en 1731, et issue de la confrérie puis collège des chirurgiens de Paris, dite "de Saint-Côme" fondée au 13e siècle) = "D'azur à trois pots à onguent, deux en chef et un pointe"] ; et (ii) SAINT DAMIEN [en latin, Damianus], à gauche, tenant un "uroscope" ou "matula" (en latin, 'matula, ae' = vase, pot de chambre), flacon en verre transparent destiné à "mirer les urines" ['mirer' = regarder avec attention, viser/ cf. aussi 'admirer'] • nota : Strasbourg [Strassburg/ en latin 'Argentoratum' ou encore 'Argentina'] était alors une "Ville libre d'Empire" [Freie Reichsstadt] relevant du Saint-Empire romain germanique [Heiliges römisches Reich/ Sacrum Imperium Romanum (ville rattachée/ annexée à la France en 1681 par le roi Louis XIV, une majeure partie de la province d'Alsace étant déjà française depuis 1648, par le traité de Munster mettant fin à la Guerre de Trente Ans)] ; la même année que la parution de cet ouvrage, en 1517, avait eu lieu la première dissection humaine publique officielle à Strasbourg, organisée sous l'égide du Magistrat afin de parfaire la formation des chirurgiens, une séance exceptionnelle pour l'époque et dont fut issue la première planche d'anatomie, dessinée et gravée d'après nature, imprimée au monde ; par une forme de coïncidence étonnante à première vue, mais liée au contexte historique, social, et intellectuel de ce premier quart du seizième siècle, cette même année fut celle du point de départ de la 'Réforme protestante' [thèses de Martin Luther à Wittenberg/ Wittemberg (act. Sachsen-Anhalt) en 1517] (extrait conférence et collection Pr. Jean-Marie Le Minor).
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Pour approfondir (des références plus générales dans une prochaine notice) :
• "Histoire de la médecine à Strasbourg", (ouvr. collectif, Jacques Héran et Jean-Marie Mantz dir.), La Nuée Bleue éd., 1997 (800 p.) [et 2e éd. 1998].
• Louis Hollender & Emmanuelle During-Hollender, "Chirurgiens et chirurgie à Strasbourg", Coprur éd., 2000 (240 p.).
• Jean-Marie Le Minor, "Les sciences morphologiques médicales à Strasbourg du XVe au XXe siècle", Presses universitaires de Strasbourg éd., 2002 (552 p.).
• Georges Schaff, "Jean Gonthier d'Andernach (1497-1574) et la médecine de son temps", dans "Médecine et assistance en Alsace XVIe-XXe siècle", Société savante d'Alsace et des Régions de l'Est/ Istra éd., 1976, p. 20-40.
• Jean-Marie Le Minor, "La dissection humaine : 500 ans de pratique à Strasbourg", Saisons d'Alsace, numéro thématique 'Une histoire de la médecine', no 71, 2017, p. 62-69.
• Jacques Battin, "La chirurgie des Antonins alsaciens d’après le Feldtbuch de Hans von Gersdorf (1517)", Hist. Sci. Méd., 52, 2018, p. 163-170 [à l'occasion des journées de célébration du 500e anniversaire de la première dissection humaine officielle à Strasbourg (1517-2017)].
• Jean-Marie Le Minor, "L'âme de la Faculté de médecine de Strasbourg (1621-1919)", Saisons d'Alsace, numéro thématique 'L'Université de Strasbourg. Cinq siècles d'histoire', no 89, 2021, p. 26-35 [publié à l'occasion du 400e anniversaire de la création de l'Université de Strasbourg (1621-2021)].