Mon carnet George Sand

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Mon carnet George Sand Mon carnet George Sand, ouvre ses pages sur la vie de George Sand, sa famille, son Nohant, ses amis, et son œuvre à travers des textes, citations et photos

Chopin dans l'Histoire de ma vie...« Le génie de Chopin est le plus profond et le plus plein de sentiments et d’émotions...
04/09/2026

Chopin dans l'Histoire de ma vie...

« Le génie de Chopin est le plus profond et le plus plein de sentiments et d’émotions qui ait existé. Il a fait parler à un seul instrument la langue de l’infini ; il a pu souvent résumer, en dix lignes qu’un enfant pourrait jouer, des poèmes d’une élévation immense, des drames d’une énergie sans égale... Chopin sentait sa puissance et sa faiblesse. Sa faiblesse était dans l’excès même de cette puissance qu’il ne pouvait régler. Il ne pouvait pas faire, comme Mozart (au reste Mozart seul a pu le faire), un chef-d’œuvre avec une teinte plate. Sa musique était pleine de nuances et d’imprévu. Quelquefois, rarement, elle était bizarre, mystérieuse et tourmentée. Quoiqu’il eût horreur de ce que l’on ne comprend pas, ses émotions excessives l’emportaient, à son insu, dans des régions connues de lui seul...».

D’autres préludes encore sont d’une tristesse morne et, en vous charmant l’oreille, vous navrent le cœur. Il y en a un qui lui vint par une soirée de pluie lugubre et qui jette dans l’âme un abattement effroyable. Nous l’avions laissé bien portant ce jour-là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des objets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient débordé : nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de l’inondation, et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés de notre voiturin, à travers des dangers inouïs[25]. Nous nous hâtions en vue de l’inquiétude de notre malade. Elle avait été vive, en effet, mais elle s’était comme figée en une sorte de désespérance tranquille, et il jouait son admirable prélude en pleurant. En nous voyant entrer, il se leva en jetant un grand cri, puis il nous dit, d’un air égaré et d’un ton étrange : « Ah ! je le savais bien, que vous étiez morts ! »

Quand il eut repris ses esprits et qu’il vit l’état où nous étions, il fut malade du spectacle rétrospectif de nos dangers : mais il m’avoua ensuite qu’en nous attendant il avait vu tout cela dans un rêve et que, ne distinguant plus ce rêve de la réalité...je lui fis écouter le bruit de ces gouttes d’eau, qui tombaient en effet en mesure sur le toit, il nia les avoir entendues. Il se fâcha même de ce que je traduisais par le mot d’harmonie imitative. Il protestait de toutes ses forces, et il avait raison, contre la puérilité de ces imitations pour l’oreille. Son génie était plein des mystérieuses harmonies de la nature, traduites par des équivalents sublimes dans sa pensée musicale et non par une répétition servile des sons extérieurs. Sa composition de ce soir-là était bien pleine des gouttes de pluie qui résonnaient sur les tuiles sonores de la Chartreuse, mais elles s’étaient traduites dans son imagination et dans son chant par des larmes tombant du ciel sur son cœur.

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie, chapitre sixième, volume III de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : Portrait de George Sand d'après une oeuvre d'Auguste Charpentier (1838). Huile sur toile, 2011 par Cornelus.
Frederic Chopin par Teofil Kwiatkowski, France 1843.

Majorque et les préludes de Chopin...J’ai peu à dire ici sur Majorque, ayant écrit un gros volume sur ce voyage. J’y ai ...
02/09/2026

Majorque et les préludes de Chopin...

J’ai peu à dire ici sur Majorque, ayant écrit un gros volume sur ce voyage. J’y ai raconté mes angoisses relativement au malade que j’accompagnais. Dès que l’hiver se fit, et il se déclara tout à coup par des pluies torrentielles, Chopin présenta, subitement aussi, tous les caractères de l’affection pulmonaire.
Le pauvre grand artiste était un malade détestable. Ce que j’avais redouté, pas assez malheureusement, arriva. Il se démoralisa d’une manière complète. Supportant la souffrance avec assez de courage, il ne pouvait vaincre l’inquiétude de son imagination. Le cloître était pour lui plein de terreurs et de fantômes, même quand il se portait bien. Il ne le disait pas, et il me fallut le deviner. Au retour de mes explorations nocturnes dans les ruines avec mes enfants, je le trouvais, à dix heures du soir, pâle devant son piano, les yeux hagards et les cheveux comme dressés sur la tête. Il lui fallait quelques instants pour nous reconnaître.
Il faisait ensuite un effort pour rire, et il nous jouait des choses sublimes qu’il venait de composer, ou, pour mieux dire, des idées terribles ou déchirantes qui venaient de s’emparer de lui, comme à son insu, dans cette heure de solitude, de tristesse et d’effroi.
C’est là qu’il a composé les plus belles de ces courtes pages qu’il intitulait modestement des préludes. Ce sont des chefs-d’œuvre. Plusieurs présentent à la pensée des visions de moines trépassés et l’audition des chants funèbres qui l’assiégeaient, d’autres sont mélancoliques et suaves ; ils lui venaient aux heures de soleil et de santé, au bruit du rire des enfants sous la fenêtre, au son lointain des guitares, au chant des oiseaux sous la feuillée humide, à la vue des petites roses pâles épanouies sur la neige.

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie, chapitre sixième, volume III de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : Vue depuis la terrasse de la cellule de Chopin, Valldemossa, Majorque.
La partition originale d'une des oeuvres composées par Chopin. à Valldemossa, Majorque. Frédéric Chopin par Pauline Viardot (Collection particulière).
George Sand par Etienne Carjat (1856 - BnF).

Il est une autre âme, non moins belle et pure dans son essence, non moins malade et troublée dans ce monde, que je retro...
31/08/2026

Il est une autre âme, non moins belle et pure dans son essence, non moins malade et troublée dans ce monde, que je retrouve avec autant de placidité dans mes entretiens avec les morts, et dans mon attente de ce monde meilleur où nous devons nous reconnaître tous au rayon d’une lumière plus vive et plus divine que celle de la terre.
Je parle de Frédéric Chopin, qui fut l’hôte des huit dernières années de ma vie de retraite à Nohant sous la monarchie... Comme je faisais mes projets et mes préparatifs de départ, Chopin, que je voyais tous les jours et dont j’aimais tendrement le génie et le caractère, me dit à plusieurs reprises que, s’il était à la place de Maurice, il serait bientôt guéri lui-même. Je le crus, et je me trompai. Je ne le mis pas dans le voyage à la place de Maurice, mais à côté de Maurice.
Ses amis le pressaient depuis longtemps d’aller passer quelque temps dans le midi de l’Europe. On le croyait phthisique. Gaubert l’examina et me jura qu’il ne l’était pas. « Vous le sauverez, en effet, me dit-il, si vous lui donnez de l’air, de la promenade et du repos »....J’avais choisi Majorque sur la foi de personnes qui croyaient bien connaître le climat et les ressources du pays, et qui ne les connaissaient pas du tout.

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie, chapitre sixième, tome III de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : Frédéric Chopin par George Sand (BnF). Portrait gravé de George Sand d'après un dessin du même artiste conservé au musée de la Vie romantique, Luigi Calamatta 1840.

En 1926, Aurore Lauth-Sand fait paraître chez Calmann-Lévy un texte inédit de sa grand-mère, George Sand, sous le titre ...
28/08/2026

En 1926, Aurore Lauth-Sand fait paraître chez Calmann-Lévy un texte inédit de sa grand-mère, George Sand, sous le titre Journal intime.
Dans le préambule de cette édition, Aurore livre un texte délicat et profondément éclairant, qui témoigne non seulement de son attachement filial, mais aussi de la compréhension intime qu’elle avait de l’œuvre et de la personnalité de sa grand-mère.

"Il serait bon parfois de se défendre de son vivant contre la calomnie quand on est femme et surtout femme célèbre. Mais il faut pour cela savoir mordre et au besoin nuire : George Sand ne savait qu'admirer, s'enthousiasmer, aimer ou pardonner.
Après la séparation _ aujourd'hui, ce serait un divorce_ la vie lui permettait d'être libre et indépendante ; elle en souffrit souvent d'une façon cruelle.
Devant son courage et sa franchise, à cause des théories de ses romans qui outrepassaient son époque, on se forma d'elle une opinion fausse, souvent injurieuse. Elle dédaigna de s'expliquer, ce qui eût été se défendre. Cependant, éprise de justice et de vérité, elle fut la première à s'accuser et à confesser ses torts quand elle en eut. Dans sa candeur, dans l'honnêteté foncière de sa nature, elle resta noble devant l'outrage et devant la haine.
La mode regrettable de fouiller les cadavres des grands hommes pour les rabaisser, continue à sévir : cela passera. Un jour le lecteur méprisera les délations ou les malveillances qui dénaturent le véritable visage de l'histoire, et mieux informé, il ira chercher aux sources des coeurs humains qui ont souffert et aimé, la vérité de leur existence."

Aurore Sand, petite-fille et dernière descendante de George, gardienne de la mémoire de sa grand-mère et donatrice généreuse de son patrimoine.

Illustrations : Aurore Sand, la petite-fille de George Sand, fille de Maurice et Lina Sand. Premier tirage du Journal intime, enrichi des corrections manuscrites d’Aurore Sand, précieuse trace de son regard attentif et de son lien intime avec l’œuvre de sa grand-mère (Collection privée) George Sand par Nadar (Collection privée).

Le présent est toujours une sorte de compromis entre ce que l’on a désiré et ce que l’on a obtenu. Tel qu’il est, on l’a...
26/08/2026

Le présent est toujours une sorte de compromis entre ce que l’on a désiré et ce que l’on a obtenu. Tel qu’il est, on l’accepte ou on le subit, on sait qu’on a déjà subi ou accepté beaucoup de choses, mais que sait-on de ce qu’on pourra subir ou accepter le lendemain ? Je n’ai jamais voulu me laisser dire ma bonne aventure, je ne croyais certes pas à la divination ; mais l’avenir matériel me paraît toujours quelque chose de si grave que je n’aime pas qu’on m’en parle, même en rébus et en jongleries. Pour mon compte, je n’ai jamais fait à Dieu qu’une demande dans mes prières : c’est d’avoir la force de supporter ce qui m’arriverait.

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie chapitre treizième, volume II de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855

Illustrations : Nohant lors d'une de mes visites - La statuette sur la cheminée dans la chambre de George Sand - Morceau de la toile de la chambre de George Sand (Collection privée).

Ne faut-il pas que nous échappions radicalement aux illusions du passé, et qu’en même temps nous gardions la foi et le c...
24/08/2026

Ne faut-il pas que nous échappions radicalement aux illusions du passé, et qu’en même temps nous gardions la foi et le culte des vérités sacrées sans lesquelles nous assimilerions les idées aux faits et perdrions la notion de la grande synthèse ? La nature est immorale, nous disent les savants. Elle ne fait pas de choix ; elle frappe sans souci du mérite des êtres, elle obéit à des lois qu’aucune considération morale n’entrave et ne fait même hésiter. Voilà qui est vrai pour les forces de la matière ; mais, que l’homme soit matière ou esprit, le voilà qui entre en lutte contre cette force aveugle et qui la combat à son profit ; aussitôt que vous lui accordez le discernement de ce qui est utile ou nuisible, il faut bien lui accorder la liberté et la connaissance du bien et du mal. Si la morale est un fait primordial, vérifié par l’expérience et au-dessus de tout raisonnement, la morale est, d’une certaine manière, dans la nature ; car, non-seulement l’homme appartient à la nature, mais encore il en est, quant à notre monde, l’expression la plus haute, l’expression raisonnée.

George Sand, Nohant, mai 1876 - Les dernières pages, aux éditions Calman Lévy, 1877.

Illustrations : La dernière photo de George Sand par Placide Verdot 1875 (Collection privée)

Au fond de toutes les passions naissantes, on le sait, il y a un mélange de crainte et de curiosité. L’admiration ne suf...
21/08/2026

Au fond de toutes les passions naissantes, on le sait, il y a un mélange de crainte et de curiosité. L’admiration ne suffit pas à produire l’amour. La plus excellente nature, la plus franche bienveillance n’éveille tout au plus qu’une sérieuse amitié. La beauté du regard ou l’éclat du génie ne vont pas au-delà de l’intérêt ; et s’il est arrivé à quelques femmes de devenir amoureuses par les yeux ou la pensée, elles ont été punies sévèrement de leur méprise, et les joies de leur vanité se sont évanouies comme un rêve.

C’est une vérité misérable, j’en conviens, mais une vérité authentique : pour exciter l’amour d’une jeune fille, il faut allier la force à la singularité. Ce n’est guère qu’à cette double condition qu’on peut amener l’émotion jusqu’au roman. Cela explique pourquoi des caractères du premier ordre, dévoués, sincères, affectueux, mais simples et uniformes, passent leur vie à rêver l’amour, à le mériter sans jamais l’obtenir. Comme si la vérité pure, sans le secours du mensonge, était inacceptable !

George Sand, extrait du roman Jacques, chapitre premier, Revue des Deux Mondes, période initiale, tome 4, 1834.

Illustrations : George Sand par Nadar (collection anonyme)

Humour et malice chez George Sand...J’ai oublié hier de te raconter le plus bel incident de notre voyage. Où étais-tu po...
19/08/2026

Humour et malice chez George Sand...

J’ai oublié hier de te raconter le plus bel incident de notre voyage. Où étais-tu pour consigner cette scène dans nos archives de la charge ? Ça n’est pas drôle à raconter, et c’était si drôle à voir, que j’en ris encore en me le rappelant. Figure-toi qu’en sortant de Cluis, Sylvain veut allonger un coup de fouet à un gros cochon qui se trouvait sur le chemin ; la mèche du fouet s’enroule et se noue à la queue du cochon, qui veut se sauver en faisant coin coin ! Sylvain tire, le cochon tire de son côté.

Pendant un instant, le cochon suspendu, le cul en l’air, semble devoir suivre la voiture ; mais il est le plus fort, Sylvain est obligé de lâcher prise : le cochon effaré s’enfuit, emportant le fouet. Nous voilà obligés de courir après. Le cochon se sauve jusqu’au fond de sa porcherie. La femme à qui il appartient court après, nous faisant des excuses et des remerciements, on ne sait pas pourquoi. Le fouet était si bien noué, que la femme, ne voulant pas le casser, tirait et dévissait la queue de son cochon, en disant d’un air pénétré : « V’là une chose émaginante ! » Sylvain, sur son siège, tout penaud et humilié, je crois, de mon fou rire, jurait tous les nom de Dieu de son vocabulaire. Au bord du chemin, un grand paysan sec, pâle, grave, malade, je pense, disait dans une attitude de philosophe en méditation : « V’là une chose qu’on voit pas souvent ! »

George Sand, extrait d'une lettre adressée à Maurice Sand en janvier 1858.

Illustrations : Carte postal illustrant la publication

...Je me porte assez bien, je travaille, je reçois plusieurs amis ; c’est l’époque où la maison se remplit. Je ravale d’...
17/08/2026

...Je me porte assez bien, je travaille, je reçois plusieurs amis ; c’est l’époque où la maison se remplit. Je ravale d’un air g*i de lourds chagrins qui me viennent toujours d’où vous savez. On m’a repris ma petite-fille qui faisait toute ma joie. Et encore, si c’était pour son bien ! Mais les montagnes de douleurs qui noircissent ce côté de mon horizon seraient trop hautes, trop tristes à vous montrer. Et puis je n’en ai pas le courage, et plus je vois que je n’y peux rien, plus j’en souffre, plus j’ai besoin d’y penser sans rien dire. Autour de moi, on est heureux, c’est tout ce que je demande pour me réconcilier avec la vie ; et j’ai du travail, c’est tout ce qu’on peut demander aux hommes pour accepter un lien avec leur société maudite et infortunée.

George Sand, extrait d'une lettre à Charles Poncy le 16 juillet 1854 à Nohant.
Illustrations : Nohant en été

Il faut croire que la vie est une bien bonne chose en elle-même, puisque les commencements en sont si doux et l’enfance ...
15/08/2026

Il faut croire que la vie est une bien bonne chose en elle-même, puisque les commencements en sont si doux et l’enfance un âge si heureux. Il n’est pas un de nous qui ne se rappelle cet âge d’or comme un rêve évanoui, auquel rien ne saurait être comparé dans la suite. Je dis un rêve, en pensant à ces premières années où nos souvenirs flottent incertains et ne ressaisissent que quelques impressions isolées dans un vague ensemble. On ne saurait dire pourquoi un charme puissant s’attache, pour chacun de nous, à ces éclairs du souvenir, insignifiant pour les autres.

La mémoire est une faculté qui varie selon les individus et qui, n’étant complète chez aucun, offre mille inconséquences. Chez moi, comme chez beaucoup d’autres personnes, elle est extraordinairement développée sur certains points, extraordinairement infirme sur certains autres. Je ne me rappelle qu’avec effort les petits événements de la veille, et la plupart des détails m’échappent même pour toujours. Mais quand je regarde un peu loin derrière moi, mes souvenirs remontent à un âge où la plupart des autres individus ne peuvent rien retrouver dans leur passé. Cela tient-il essentiellement à la nature de cette faculté en moi ou à une certaine précocité dans le sentiment de la vie ? Peut-être...

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie, deuxième partie, volume I de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : George Sand par Nadar (Collection privée)

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