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Mon carnet George Sand Mon carnet George Sand, ouvre ses pages sur la vie de George Sand, sa famille, son Nohant, ses amis, et son œuvre à travers des textes, citations et photos

L’herbier a pour moi une autre importance encore, une importance toute morale et toute de sentiment. C'est le passage d'...
21/10/2026

L’herbier a pour moi une autre importance encore, une importance toute morale et toute de sentiment. C'est le passage d'une vie humaine à travers la nature, c'est le voyage enchanté d'une âme aimante dans le monde aimé de la création. Un herbier bien fait au point de vue de la conservation exhale une odeur particulière… Ainsi de nos souvenirs, où se résume comme un parfum tout un passé composé de tristesse et de joie, de revers et de victoires. Il y a dans cet herbier-là des épines et des poisons : l'ortie, la ronce et la ciguë y figurent; mais tant de fleurs délicieusement belles et bienfaisantes sont là pour ramener à l'optimisme, qui serait peut-être la plus vraie des philosophies !

George Sand, au printemps 1868, extrait de la Revue des Deux Mondes.

Illustrations : George Sand par Nadar 1864 ( © Reproduction Benjamin Gavaudo / CMN) Nohant de nos jours, et page de l'herbier (Musée George Sand et de la Vallée Noire, La Châtre)

Quoi de plus beau et de plus pur que la vision intérieure d'un mort aimé? L'esprit humain a la faculté d'une évocation a...
19/10/2026

Quoi de plus beau et de plus pur que la vision intérieure d'un mort aimé? L'esprit humain a la faculté d'une évocation admirable. L'ami reparaît, mais non tel qu'il était absolument. L'absence mystérieuse a rajeuni ses traits, épuré son regard, adouci sa parole, élevé son âme. Il se rappelle quelques erreurs, quelques préjugés, quelques préventions inséparables du milieu incomplet où il avait vécu. Il en est débarrassé, il vous invite à vous débarrasser aussi de cet alliage. Il ne se pique point d'être entré dans la lumière absolue, mais il est mieux éclairé, il juge la vie avec calme et sagesse. Il a gardé de lui-même et développé tout ce qui était bon. Il est désormais à toute heure ce qu'il était dans ses meilleurs jours. Il nous rappelle les bienfaits de son amitié, et il n'est pas besoin qu'il nous prie d'en oublier les erreurs ou les lacunes. Son apparition les efface.
Telle est la puissance de l'imagination et du sentiment en nous que nous rendons la vie à ceux qui nous ont quittés. Y sont-ils pour quelque chose? Nous le croyons par l'enthousiasme et l'attendrissement. La raison jusqu'ici ne nous le prouve pas, elle ne peut tout prouver : elle n'est pas la seule lumière de l'homme, quoi qu'on die; mais elle a des droits sacrés, imprescriptibles, ne l'oublions pas, et n'arrêtons jamais son essor.
En attendant qu'elle se mette d'accord avec notre cœur, car il faut qu'elle en arrive là, donnons à nos amis envolés un sanctuaire dans notre âme, et continuons la reconnaissance et l'affection au-delà de la tombe en leur faisant plus belle cette région idéale, cette vie renouvelée où nous les plaçons. Qu'ils soient pour nous comme les suaves parfums de fleurs qui s'épurent en se condensant.

George Sand, printemps 1868, texte extrait d'une lettre adressée à Juliette Lambert. Publiée dans la Revue des Deux Mondes.

Illustrations : George Sand par Nadar (Collection privée), les pages de l'herbier de George et Maurice Sand (Musée George Sand et de la Vallée Noire, La Châtre) Une page de l'herbie Sandien à Nohant présentée sur l'écritoire de la chambre de George Sand (© Pascal Lemaître / Centre des monuments nationaux),

La résignation n’est pas dans ma nature. C’est là un état de tristesse morne, mêlée à de lointaines espérances, que je n...
17/10/2026

La résignation n’est pas dans ma nature. C’est là un état de tristesse morne, mêlée à de lointaines espérances, que je ne connais pas. J’ai vu cette disposition chez les autres, je n’ai jamais pu l’éprouver. Apparemment mon organisation s’y refuse. Il me faut désespérer absolument pour avoir du courage. Il faut que je sois arrivée à me dire « Tout est perdu ! » pour que je me décide à tout accepter. J’avoue même que ce mot de résignation m’irrite. Dans l’idée que je m’en fais, à tort ou à raison, c’est une sotte paresse qui veut se soustraire à l’inexorable logique du malheur ; c’est une mollesse de l’âme qui nous pousse à faire notre salut en égoïstes, à tendre un dos endurci aux coups de l’iniquité, à devenir inertes, sans horreur du mal que nous subissons, sans pitié par conséquent pour ceux qui nous l’infligent. Il me semble que les gens complètement résignés sont pleins de dégoût et de mépris pour la race humaine.

George Sand, extrait de l'histoire de ma vie, chapitre septième, dernier volume de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : George Sand par Nadar vers 1864 (BnF)

Écoutez ! tous se taisent et écoutent. Alors, dans le silence de ces grands appartements, une voix lointaine et plaintiv...
15/10/2026

Écoutez ! tous se taisent et écoutent. Alors, dans le silence de ces grands appartements, une voix lointaine et plaintive s’élève. Elle vient du fond de la vallée, elle monte comme une spirale harmonieuse autour des sapins du jardin, puis elle gagne l’angle de maison ; elle se glisse par une fenêtre, elle vole le long des corridors et vient se briser contre la porte de notre salle avec des sanglots lamentables. Alors toutes nos figures s’allongent, toutes nos lèvres pâlissent ; nous restons tous cloués à notre place, dans l’attitude où ce bruit nous a pris. Enfin quelqu’un s’écrie : — Bah ! c’est le vent, je m’en moque. — En effet, c’est le vent, rien que le vent et la nuit ; et personne ne s’en moque, personne ne surmonte sans effort la tristesse qu’inspirent ces choses-là. Mais pourquoi est-ce triste ? Le renard et la perdrix tombent-ils dans la mélancolie quand le vent pleure dans les bruyères ? La biche s’attendrit-elle au lever de la lune ? Qu’est-ce donc que cet être qui s’institue le roi de la création, et qui ne rêve que larmes et frayeurs ?

Mais pourquoi serions-nous tristes, à moins d’être fous ? Nos femmes sont charmantes, et nos amis, en est-il de meilleurs ? Est-il beaucoup de mortels qui aient eu dans leur vie le bonheur de réunir sous le même toit presque tous les jours, pendant un mois, douze ou quinze créatures nobles et vraies, et toutes unies entre elles d’une sainte amitié ? Ô mes amis, mes chers amis ! savez-vous ce que vous êtes dans la vie d’un infortuné ? vous ne le savez pas assez, vous n’êtes pas assez fiers du bien que vous faites ; c’est quelque chose que de sauver une âme du désespoir.

George Sand, extrait d'une lettre adressée à François Rollinat, un ami de George Sand. Janvier 1835.

Illustrations : François Rollinat, estampe 1848 (Musée George Sand et de la Vallée Noire, La Châtre) - Nohant en 1818, dessin de Fremoville (Musée de la Vie Romantique, Paris). George Sand par Emile Lassalle (Maison de Victor Hugo).

Tu ne vis que par le cœur et l’imagination. Ta magnifique parole est un don qui t’entraîne fatalement à la discussion. T...
13/10/2026

Tu ne vis que par le cœur et l’imagination. Ta magnifique parole est un don qui t’entraîne fatalement à la discussion. Ton esprit a besoin d’imposer à ceux qui t’écoutent avec ravissement des croyances que la raison n’a pas encore mûries. C’est là où la réalité me saisit et m’éloigne de toi. Je vois toute cette poésie du cœur, toutes ces aspirations de l’âme aboutir à des sophismes, et voilà justement ce que je ne voudrais pas entendre, ce que je suis fâchée d’avoir entendu. Écoute, mon pauvre père, nous sommes fous. Les gens du monde officiel, du monde positif, qui ne voient de nous que des excentricités de conduite et d’opinion, nous traitent de rêveurs. Ils ont raison, ne nous en fâchons pas. Acceptons ce dédain. Ils ne comprennent pas que nous vivions d’un désir et d’une espérance dont le but ne nous est pas personnel. Ces gens-là sont fous à leur manière ; ils sont complètement fous à nos yeux, eux qui poursuivent des biens et des plaisirs que nous ne voudrions pas toucher avec des pincettes. Tant que durera le monde, il y aura des fous occupés à regarder par terre, sans se douter qu’il y a un ciel sur leurs têtes, et des fous qui, regardant trop le ciel ne tiendront pas assez de compte de ceux qui ne voient qu’à leurs pieds. Il y a donc une sagesse qui manque à tous les hommes, une sagesse qui doit embrasser la vue de l’infini et celle du monde fini où nous sommes. Ne la demandons pas aux fous du positivisme, mais ne prétendons pas la leur donner avant de l’avoir trouvée.

George Sand, extrait d'un échange avec Éverard inclus dans l'Histoire de ma vie, chapitre deuxième, volume III de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : La cour d'entrée de la maison de Nohant, l'escalier principal de la maison (Photos de nos jours) George Sand, illustration de presse inspirée du tableau d'Auguste Charpentier 1838, dont l'original se trouve au musée de La Vie Romantique à Paris.

Je me souviens aussi que j’étais si peu versée dans la philosophie moderne à cette époque, que j’écoutai sans trouver ri...
11/10/2026

Je me souviens aussi que j’étais si peu versée dans la philosophie moderne à cette époque, que j’écoutai sans trouver rien à dire, et qu’au retour je disais à mon compagnon de route : « Vous avez discuté avec M. Haussmann sur des matières où je n’entends rien du tout. Je n’ai, par rapport aux choses présentes, que des sentiments et des instincts. La science des idées nouvelles a des formules qui me sont étrangères et que je n’apprendrai probablement jamais. Il est trop t**d. J’appartiens par l’esprit à une génération qui a déjà fait son temps. » Il m’assura que je me trompais et que, quand j’aurais mis le pied dans un certain cercle de discussion, je ne pourrais plus m’en arracher. Il se trompait aussi un peu, mais il est certain que je ne devais pas t**der à m’y intéresser vivement.

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie, chapitre cinquième, volume III de l'édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : Le bureau placard de George Sand dans le bo***ir de la maison (© Colombe Clier / Centre des monuments nationaux) - George Sand par Nadar (BnF).

Suite à la publication d’hier, revenons sur le roman Jacques auquel George Sand fait écho. Elle y met en scène un person...
09/10/2026

Suite à la publication d’hier, revenons sur le roman Jacques auquel George Sand fait écho. Elle y met en scène un personnage principal riche et complexe, mais avant d’aller plus loin dans la lettre adressée à Rollinat, prenons le temps de le présenter :
Jacques est un homme généreux, noble et profondément idéaliste, animé par un sens élevé du devoir. Conscient de l’absence d’amour dans son mariage, il choisit le sacrifice plutôt que l’égoïsme. Il agit avec dignité pour préserver le bonheur des autres, quitte à s’effacer lui-même. Son destin tragique reflète son altruisme absolu et son incapacité à concilier amour et morale.

« L’état de mon esprit, lorsque je fis Jacques (qui n’a point encore paru), me permit de corriger beaucoup ce personnage de Lélia, de l’habiller autrement et d’en faciliter la digestion au bon public. À présent je n’en suis plus à Jacques, et au lieu d’arriver à un troisième état de l’âme, je retombe au premier. Eh quoi ! ma période de parti pris n’arrivera-t-elle pas ? Oh ! si j’y arrive, vous verrez, mes amis, quels profonds philosophes, quels antiques stoïciens, quels ermites à barbe blanche se promèneront à travers mes romans ! quelles pesantes dissertations, quels magnifiques plaidoyers, quelles superbes condamnations, quels pieux sermons découleront de ma plume ! comme je vous demanderai pardon d’avoir été jeune et malheureux, comme je vous prônerai la sainte sagesse des vieillards et les joies calmes de l’égoïsme ! Que personne ne s’avise plus d’être malheureux dans ce temps-là ; car aussitôt je me mettrai à l’ouvrage, et je noircirai trois mains de papier pour lui prouver qu’il est un sot et un lâche, et que, quant à moi, je suis parfaitement heureux ».

George Sand, extrait d'une lettre adressée à son ami Rollinat, septembre 1837.

Illustrations : George Sand par Nadar (BnF) Roman Jacques, 1834 - édition Félix Bonnaire (Magasin spécialisé en livres anciens)

« Je suis bien fâché d’avoir écrit ce mauvais livre qu’on appelle Lélia, non pas que je m’en repente : ce livre est l’ac...
08/10/2026

« Je suis bien fâché d’avoir écrit ce mauvais livre qu’on appelle Lélia, non pas que je m’en repente : ce livre est l’action la plus hardie et la plus loyale de ma vie, bien que la plus f***e et la plus propre à me dégoûter de ce monde à cause des résultats. Mais il y a bien des choses dont on enrage... Si je suis fâché d’avoir écrit Lélia, c’est parce que je ne peux plus l’écrire. Je suis dans une situation d’esprit qui ressemble tellement à celle que j’ai dépeinte, et que j’éprouvais en faisant ce livre, que ce me serait aujourd’hui un grand soulagement de pouvoir le recommencer. Malheureusement, on ne peut pas faire deux ouvrages sur la même pensée sans y apporter beaucoup de modifications. L’état de mon esprit, lorsque je fis Jacques (qui n’a point encore paru), me permit de corriger beaucoup ce personnage de Lélia, de l’habiller autrement et d’en faciliter la digestion au bon public.

George Sand, extrait d'une lettre adressée à son ami Rollinat septembre 1834.

Lélia, mais qui est-elle ? Lélia est une femme intellectuelle et tourmentée, marquée par un profond désenchantement. Elle rejette les illusions de l’amour et cherche un idéal inaccessible, oscillant entre passion et scepticisme. Solitaire et lucide, elle incarne le mal de vivre romantique. Son incapacité à trouver un sens à l’existence la conduit à une forme de tragédie intérieure profonde.

Illustrations : George Sand par Nadar (Collection privée) Roman Lélia, rare édition originale d’un des ouvrages les plus recherchés de George Sand. Exemplaire sans mention d’édition dans une luxueuse reliure d’époque, condition très rare (A vendre actuellement sur site de vente).

Je vous ai déjà présenté cet extrait de l'Histoire de ma vie, un texte qui met particulièrement cher, tant il révèle ave...
06/10/2026

Je vous ai déjà présenté cet extrait de l'Histoire de ma vie, un texte qui met particulièrement cher, tant il révèle avec sensibilité l'âme de Nohant et celle de George Sand.

« Nohant fut donc en ce temps-là, c’est-à-dire en ce moment-là, car il fut court comme tous les pauvres petits repos de ma vie, un idéal pour ma fantaisie. Je m’amusai à le ranger, c’est-à-dire à le déranger moi-même. Je faisais disparaître tout ce qui me rappelait des souvenirs pénibles, et je disposais les vieux meubles comme je les avais vus placés dans mon enfance. La femme du jardinier n’entrait dans la maison que pour faire ma chambre et m’apporter mon dîner. Quand il était enlevé, je fermais toutes les portes donnant dehors et j’ouvrais toutes celles de l’intérieur. J’allumais beaucoup de bougies et je me promenais dans l’enfilade des grandes pièces du rez-de-chaussée, depuis le petit bo***ir où je couchais toujours, jusqu’au grand salon illuminé en outre par un grand feu. Puis j’éteignais tout, et marchant à la seule lueur du feu mourant dans l’âtre, je savourais l’émotion de cette obscurité mystérieuse pleine de pensées mélancoliques, après avoir ressaisi les riants et doux souvenirs de mes jeunes années. Je m’amusais à me faire un peu peur en passant comme un fantôme devant les glaces ternies par le temps, et le bruit de mes pas dans ces pièces vides et sonores me faisait quelquefois tressaillir ».

George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie, quatrième chapitre, volume II édition Wolfgang Gerhard, 1855.

Illustrations : Nohant de nos jours, l'enfilade des pièces du rez-de-chaussée. Le salon. La façade sud de la maison. (Collection privée).

« Pourquoi l’amertume est-elle entrée si avant dans mon cœur, que tous les biens, toutes les consolations que ma raison ...
04/10/2026

« Pourquoi l’amertume est-elle entrée si avant dans mon cœur, que tous les biens, toutes les consolations que ma raison admet, mon instinct les repousse ? D’où vient que je te disais, l’autre soir, dans le jardin, l’âme pénétrée d’une sombre superstition : Il y a dans la nature je ne sais quelle voix qui me crie de partout, du sein de l’herbe et de celui du feuillage, de l’écho et de l’horizon, du ciel et de la terre, des étoiles et des fleurs, et du soleil et des ténèbres, et de la lune et de l’aurore, et du regard même de mes amis : Va-t’en, tu n’as plus rien à faire ici ? »

George Sand, extrait de Lettres d'un voyageur, aux éditions Lévy & frères, Paris.

Illustrations : George Sand d'après le dessin de Luigi Calammatta 1837.

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