Les écrits d'une métisse

Les écrits d'une métisse écrire pour vivre
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Un roman vraiment trooooooooooop cool C'est une vraie petite
15/07/2025

Un roman vraiment trooooooooooop cool
C'est une vraie petite

SOMBRE : YEAËL SANTOS

Tome1

Chapitre 1 – La vie de Yeaël

Je m’appelle Yeaël Koukadia Santos. Koukadia, comme ma mère.Une femme africaine d’une beauté à couper le souffle…qui a pourtant aimé un homme qu’elle ne méritait pas.Il jurait qu’elle était son monde, son univers, son amour, son tout.Et elle, aveuglée par la passion, l’a cru.Parce qu’elle l’aimait de toutes ses forces,elle se consumait pour cet homme cruel qu’elle appelait son mari,le visage éclairé d’un sourire scintillant.Un amour sincère, profond…Mais un amour à sens unique.Cet homme, c’est mon père : Don Diego Santos,chef des six cartels les plus redoutés du Mexique.Un nom qui glace le sang.Un homme sans cœur, sans pitié.On le surnomme le Diable du Mexique,et croyez-moi, ce n’est pas une métaphore.Mon enfance ?Un conte noir, sans fée, sans magie, juste de la peur et du sang.À 3 ans, il m’a enfermée dans une cave, humide et sans lumière,parce que j’avais soi-disant interrompu une de ses réunions.Je me souviens encore de l’odeur de moisissure, de mes cris étouffés…Deux semaines de silence, seule, affamée, oubliée.À 6 ans, je savais tirer, frapper, neutraliser.Pas parfaite, mais déjà une arme.À 12 ans, j’étais une tueuse à gages.Froidement efficace.Mon nom, ou plutôt mon code, circulait déjà dans les milieux clandestins.À 14 ans, j’avais accompli vingt-cinq missions.Et pas une seule erreur.C’est à ce moment-là que j’ai compris : je n’étais pas sa fille. J’étais son soldat.À 17 ans, j’ai eu le courage de m’enfuir.Une nuit sans lune, sous la pluie.J’ai couru jusqu’à ce que mes jambes cèdent.Aujourd’hui, je suis serveuse dans un fast-food de New York.Ironie cruelle de la vie : j’ai appris à tuer avant de savoir sourire.Après des mois d’errance, de faim, de peur…j’ai rencontré James, agent de la DEA.Il m’a tendu la main sans poser de questions.Il m’a offert un toit, une famille, une chance de croire à autre chose qu’à la survie.Sa femme est une perle rare.Leurs deux fils, Chris et Dean, sont devenus mes repères.Pendant quatre ans, j’ai vécu en Californie,goûtant à cette chose inconnue qu’on appelle la paix.Mais je ne suis pas naïve.Je sais que Don Diego me cherche.Je sais que ma liberté est une illusion à durée limitée.Je me cache bien, oui.Mais pour combien de temps encore ?« Hé, Hellcat ! »Je sursaute légèrement.Cette voix, je la reconnaîtrais entre mille.Je me retourne, et je le vois : Dean, attablé au fond de la salle.Que fais-tu là ? demandé-je, un sourire sincère illuminant mon visage.Je venais prendre de tes nouvelles… et j’ai un contrat à régler ici, me répond-il avec son sourire de séducteur, collé à ses lèvres roses.Dean, 29 ans, 1,80 m, une silhouette digne d’un dieu grec.Cheveux blonds, yeux bleu azur, charme naturel qui désarme.Il est lui aussi agent de la DEA,mais gère aussi, avec son frère Chris, une entreprise florissante.Chris, 25 ans, cheveux bruns, yeux gris nuageux,une prestance presque intimidante.Lui aussi entre, comme une apparition.Alors ? Comment va ma fille adorée ? me lance-t-il.Parfaitement bien, mon grand.Il se tourne vers Dean :On doit filer. On se retrouve ce soir, elle.À ce soir, Hellcat.Et surtout, ne laisse pas Dean conduire !T’inquiète, sucrette, je gère !Je ris en les regardant sortir, se taquinant,frappant l’épaule de l’autre comme deux frères complices.J’aime la vie que j’ai construite auprès des O’Connor.Une vie normale. Une vie volée peut-être,mais c’est la mienne, maintenant.Et pour rien au monde je ne l’échangerais.Même si je sens l’ombre de mon père se rapprocher.Même si je sais… que tôt ou t**d,le passé frappera à ma porte.Et ce jour-là, il faudra choisir :fuir encore, ou me battre.

Chapitre 2 – Le cauchemar

Yeaël Koukadia Santos
Les rues de New York n’ont jamais été si noires, si menaçantes.À chaque pas, la ville paraît murmurer : quelque chose ne tourne pas rond.Le claquement de mes talons résonne dans la nuit, amplifiant le silence.Le moindre souffle glacé court sur ma nuque comme un avertissement.Le plus anodin des bruits me vrille les nerfs.Je le sens : une présence.Invisible, mais bien réelle.Un danger imminent, un souffle dans mon dos, une menace qui grandit à chacun de mes mouvements.Je me force au calme.Je bifurque dans une ruelle plus sombre encore, hors de portée des lampadaires.L’instinct prend le relais : d’un geste précis, je glisse la main dans ma botte droite et en extirpe mon Beretta — petit, discret, mortel.Plaquée contre le mur, souffle court, je me place.J’attends.Les secondes s’allongent jusqu’à devenir des heures.Mon cœur cogne si fort qu’il me brûle la poitrine.Je n’ai pas peur. Non…Mais je redoute qu’un de ses hommes me trouve.Mon père a des yeux partout, et ses envoyés ne viennent jamais pour discuter. Je le sais mieux que quiconque.Des pas. Lents, maîtrisés, presque silencieux.Pourtant, je les entends ; ils approchent.Ma gorge se serre, mes doigts se crispent sur la crosse.S’il franchit l’angle du mur… je tire. Sans hésiter.Ne me trouve pas… pas maintenant…Je retiens mon souffle.Et soudain…Un assassin jaillit. Silhouette noire, l’emblème du Groupe C, Quatrième Classe accroché à sa veste.Avant même qu’il n’appuie sur la détente, ma b***e lui transperce le crâne.Il s’écroule.Un autre surgit derrière. Je vise sa jambe — le coup claque, il hurle — puis ma lame tranche sa gorge avant qu’il ne s’effondre.Trois ombres supplémentaires jaillissent : elles tombent avant même de m’atteindre.Le sang coule. Les corps jonchent l’asphalte.La nuit retombe, plus lourde encore qu’avant.Quand le fracas s’apaise, je pivote, haletante… et je les vois : Dean, Chris et leur ami du FBI, Alec.Leurs regards, oscillant entre stupeur et incompréhension, se posent sur la scène.Une demi-heure plus t**d, dans l’appartement que Dean et Chris louent pour leur séjour new-yorkais, je leur raconte — le strict nécessaire :j’étais de nuit, on m’a attaquée, j’ai dû me défendre.Rien sur mon père, ni sur mon enfance.Rien sur la raison pour laquelle ces tueurs veulent ma tête.Je cache la vérité derrière un sourire fragile.Mentir est devenu une habitude, presque un instinct de survie.Dean me dévisage, méfiant, avant de hausser les épaules et de m’adresser ce sourire espiègle qui m’exaspère toujours.« Alors, Hellcat, on commande des pizzas ? » lance-t-il, déjà prêt à dégainer son téléphone.« Pizza pour tout le monde ! » hurle Chris en filant dans le couloir.Je souris malgré moi en les voyant s’éloigner.Une part de moi envie leur insouciance… cette légèreté qui m’a été arrachée il y a bien longtemps.Quand je relève les yeux, Alec m’observe, silencieux, un léger sourire au coin des lèvres.Alec est grand — pas autant que les frères O’Connor, mais assez pour rivaliser avec eux.Il s’approche, son regard planté dans le mien.« Tu ne devrais pas travailler si t**d. Les rues de New York peuvent être mortelles, surtout pour toi, el. »Sa voix est douce, mais son regard est grave.Il sait. Peut-être pas tout, mais il sent que ce que je fuis est plus dangereux qu’il ne l’imagine.Je sais qu’ils s’inquiètent tous pour moi, qu’ils sont prêts à tout pour me protéger.Mais moi ? Je suis fatiguée de courir.Fatiguée de tuer.Fatiguée de survivre.Je ne sais toujours pas si je dois fuir encore…ou affronter enfin mon père pour, peut-être, connaître un jour une vie apaisée.Mais puis-je vraiment vaincre un monstre… quand ce monstre m’a façonnée ?

Chapitre 3 – Héritière de l’ombre

Yeaël Koukadia Santos
Le silence de l’appartement est pesant.Dean et Chris rient dans la cuisine, leur complicité bruyante résonne contre les murs.Mais moi, je suis ailleurs.Assise sur le bord du lit, le regard figé sur le mur, j’essaye de contenir ce vide en moi.Mes mains tremblent encore, malgré les apparences.Le sang sous mes ongles me rappelle que ce n’était pas un cauchemar…C’était la réalité.Je suis une tueuse.Pas par choix.Par nécessité.Je ne dors pas. Je ne peux pas.Je sais que, là-dehors, d’autres viendront. Ils viendront jusqu’à ce que l’un de nous deux tombe.Moi.Ou mon père.Je me lève lentement, marche jusqu’à la salle de bain.Je fixe mon reflet.Mon visage est celui d’une femme jeune, calme… mais mes yeux trahissent tout.Ils sont pleins de guerre.Plein de noms que j’ai oubliés, de rancunes que je n’ai jamais lâchées, de plaies jamais refermées, de :coups reçus sans raison,promesses brisées,repas engloutis à la hâte,nuits passées dans le noir,ordres hurlés au visage,silences lourds de menaces,regards vides,échos de chaînes,prières sans réponse.Des souvenirs remontent — des cris, des chaînes, des ordres hurlés dans la nuit.Le regard froid de mon père, sa voix tranchante :« Tu n’es rien sans moi. »Je serre les dents.Je ne suis plus l’enfant docile qu’il a élevée dans la peur.Je suis devenue autre chose.Une arme.Quelqu’un frappe à la porte.Je me fige.« C’est moi. » La voix grave d’Alec traverse le bois.J’ouvre. Il entre sans un mot, son regard balayé d’inquiétude.« Tu n’as pas dormi. »Je hausse les épaules.« Ce n’est pas nouveau. »Il reste là, debout, face à moi.Puis il s’approche et tend quelque chose : une vieille photo.Moi, plus jeune. Treize, peut-être.Aux côtés de mon père… et d’un autre homme que je croyais oublié.Mon cœur se serre.Comment Alec a-t-il mis la main dessus ?« On sait que tu nous caches des choses, Yeaël. »Sa voix est calme, mais chaque mot est une lame.Je détourne le regard.« Ce n’est pas votre guerre. »« Tu es notre amie. C’est déjà trop. »Le silence retombe.Je pourrais lui raconter. Tout.Les trafics, les exils, les mensonges.Les visages que j’ai aimés puis trahis,les chambres sans fenêtres,les voix dans les radios cryptées,les passeports brûlés,les cartes effacées,les cicatrices cousues à l’aiguille de fortune,les larmes refoulées,les adieux silencieux.Mais je sais que les vérités que je porte sont toxiques.Qu’elles brûlent ceux qui s’en approchent.Alors je reste muette.Alec se rapproche, pose doucement sa main sur mon épaule.Son regard est franc.« Si tu décides de rester, on t’aidera. Si tu fuis… je viendrai quand même te chercher. »Et il sort, me laissant seule avec cette promesse… et cette peur.Plus t**d dans la nuit, je sors sur le toit.Le vent souffle fort. Il mord. Il réveille.New York est belle de loin, cruelle de près.Je pense à lui.À mon père.À ce que je suis devenue.Et à ce que je pourrais devenir… si je choisis enfin d’en finir.Je ne suis pas née pour fuir.Je suis née pour survivre…Pour faire tomber l’ombre qui m’a enfantée.Pour briser :ses chaînes,son empire,son nom,son silence,son héritage,son règne de peur.

Chapitre 4 — Les silences ne brûlent que ceux qui les portent

J’étais toujours là.Debout sur le toit de l’immeuble.Le bitume fissuré sous mes pieds nus.Le vent giflait mon visage.La nuit tombait doucement sur la ville, l’enveloppant de ce voile trouble que j’aimais tant :Ni lumière, ni ténèbres.Juste l’entre-deux.Comme moi.Une présence.D’abord imperceptible.Faible. Mais réconfortante.Comme une chaleur oubliée qui frôle la peau.Je ne me retournai pas.Je savais que c’était lui.Dean.Je restai immobile, attendant simplement que ses pas résonnent derrière moi.Il s’approcha lentement, sans un mot, avec cette douceur presque désarmante qu’il réservait aux blessures invisibles.Il s’arrêta juste à côté de moi.Un verre de whisky en main, le regard perdu au loin, là où le ciel s’étrangle contre les gratte-ciels.Tu sais que tu peux tout me dire, pas vrai, Hellcat ?Sa voix était rauque. Un peu brisée.Mais pleine d’une sincérité à laquelle je n’avais jamais su résister.Un sourire m’échappa.Un vrai.Un de ceux qu’on ne fabrique pas.Seuls Dean et Chris arrivaient à me faire rire sans que je le veuille vraiment.Et ce surnom… Hellcat…Je ne savais pas s’il l’utilisait pour me provoquer ou pour me protéger. Peut-être les deux.Je suis juste… sous le choc, répondis-je sans y croire moi-même.C’est pas de ça dont je te parle, rétorqua-t-il doucement.Je fronçai les sourcils, confuse.Quoi donc ?Il soupira. Longuement.Le genre de soupir qui vient de loin, du cœur ou des entrailles, je ne sais pas.T’as l’air ailleurs, ces derniers temps. Tu fuis. Ton regard, ta voix… t’es pas là. Pas vraiment. Et ça me bouffe, Yeaël. Parce qu’on se connaît depuis que t’avais dix-sept ans. Et je me souviens très bien de cette fille… Celle qui débarquait de l’enfer, les yeux cernés, le cœur barricadé, mais avec cette flamme… cette foutue flamme dans le regard. Celle qui disait « j’ai mal, mais j’me relèverai. » Et là, j’la revois. Cette fille-là. Celle d’il y a quatre ans. Dis-moi ce qui ne va pas, bo**el. Dis-le-moi.Je déglutis.Mon cœur cognait contre ma poitrine comme s’il cherchait à fuir.Je sentais sa présence brûler contre la mienne. Trop proche. Trop tendre.Et j’étais à deux doigts de céder.Mais non.Pas maintenant.Pas à lui.Pas à eux.Tout va bien, Dean.Mensonge.Il le savait. Je le savais.Mais parfois, mentir est la seule manière de ne pas s’effondrer.Il posa son verre sur la vieille table rouillée à côté de nous. Puis, sans prévenir, il saisit doucement mon visage entre ses mains.Ses paumes étaient chaudes. Sûres.Ses yeux plantés dans les miens comme pour y lire la vérité.Hé. Regarde-moi.Il parlait bas, mais avec une intensité qui me foudroya.Peu importe ce qui te ronge. Peu importe l’ombre. Je serai toujours là pour toi. Ne l’oublie jamais.Je le regardai.Longtemps.Trop longtemps.Et j’aurais voulu hurler. Lui balancer ma vérité comme on vomit un poison trop longtemps gardé.Mais je ne pouvais pas.Alors je murmurais :Ne me force pas à te dire, Dean…Il ne dit rien, me laissa continuer.Il y a des vérités qui… qui ne doivent pas être dites. Des souvenirs qu’on enterre pour ne pas devenir fous. Des cauchemars qu’on garde sous clef parce qu’ils brûlent. Parce qu’ils saignent. Parce qu’ils tuent. Et ce que je cache… ce que je suis…Je fermai les yeux.C’est trop lourd. Trop sombre. Je veux oublier. Je t’en supplie, ne me demande pas.Il resta silencieux.Pas un mot.Et dans ce silence, j’ai cru lire sa peine.Mais aussi son respect.Il m’attira doucement contre lui, sans brusquerie.Je laissai tomber ma tête contre son torse.Son odeur de cuir, de tabac froid et de réconfort m’envahit.Et alors que la ville vibrait doucement sous nos pieds, que les lampadaires s’éveillaient comme des étoiles fatiguées, je fis un serment.Silencieux.Déchirant.Inflexible.Jamais les frères O’Connor ne sauront. Jamais ils ne connaîtront la vérité.Ils ne découvriront pas ce que j’ai fait.Ni ce que j’ai enduré.Ni ce que je suis devenue pour survivre.Jamais ils ne sauront ce que c’est que de naître dans la peur, de grandir dans la fuite, et d’aimer dans la cendre.Et dans le silence, un souvenir.Un éclat.Un fragment d’une autre vie.Sa voix.Ma mère.Elle chantait.En swahili.Un chant ancestral, doux et mélancolique, sous le ciel d’un village que je ne verrais plus jamais.“Usiogope, mtoto wangu…Uko salama.Mama yako yupo nawe.”(N’aie pas peur, mon enfant. Tu es en sécurité. Ta mère est avec toi.)Mais elle n’était plus là.Et je n’étais plus une enfant.Alors je me raccrochai à ce corps contre le mien.À Dean.À sa présence.À ce que nous étions sur ce toit, dans ce moment suspendu.Deux êtres fracassés.Deux silences enlacés.Et une nuit qui savait tout, mais ne disait rien.

Chapitre 6 — Ce qui s’effiloche à l’aube

L’aube n’avait rien d’apaisant.Pas cette aube-là, en tout cas.Elle s’était glissée dans l’appartement comme une intruse mal rasée, jetant ses premiers rayons pâles sur les murs encore fatigués de la nuit. Elle n’apportait ni réconfort ni renouveau. Elle éclairait simplement les ruines. Les miettes de sommeil. Les débris d’un rêve trop lourd.Yeaël ouvrit les yeux d’un coup, comme si le silence l’avait giflée.Pas de réveil. Pas de bruit. Juste ce sursaut familier, cette sensation d’urgence floue, ce cœur qui bat trop vite dans une poitrine déjà lasse. Elle resta un instant immobile, les paupières encore mi-closes, observant le plafond sale avec cette lucidité étrange que seul le trop-matin offre. Une lucidité inutile, douloureuse.Son regard glissa vers la fenêtre. Le ciel était gris pâle, sans intention, sans couleur. Le genre de matin qui vous donne envie de rester couchée, de vous dissoudre lentement dans les draps. Mais elle savait qu’elle n’avait pas ce luxe. Le monde appelait. Le restaurant-café l’attendait. Les clients grincheux, les cafés trop sucrés, les commandes oubliées. Et elle… elle devait continuer.Toujours continuer.Elle se leva à contrecœur, chaque muscle protestant comme un vieillard bougon. Pieds nus sur le carrelage, elle marcha jusqu’à la salle de bain, ouvrit la porte sans douceur, se planta devant le miroir. Une erreur.Le reflet lui renvoya l’image d’un chaos capillaire.Ses cheveux. Encore eux.Ce nid de serpents bruns et bouclés, indomptables, trop longs, trop vivants. Chaque matin, c’était la guerre. Chaque matin, elle se demandait si elle ne devait pas tout raser. Ou tout brûler.Elle attrapa l’élastique posé sur le lavabo, essaya de rassembler ses cheveux en une espèce de chignon improvisé, mais une boucle rebelle s’échappa. Puis une autre. Puis dix. Elle pesta à mi-voix.Pourquoi je suis pas née avec des cheveux de métisse Instagram… ? soupira-t-elle en s’observant.Elle tira un peu plus fort. Le chignon tenait, mal. Un nuage d’électricité statique lui donna une allure de sorcière. Elle fronça les sourcils.Juste une fois, une seule fois, j’aimerais que ce soit lisse. Plat. Marron clair. Avec des mèches naturelles, genre “je reviens de Bali avec ma mère influenceuse”.Silence. Le miroir ne répondit pas.Elle s’humecta le visage, respira profondément, puis sortit.Dans le couloir, tout dormait encore.Ou faisait semblant.Le salon ressemblait à un champ de bataille post-apocalypse.Alec ronflait sur le tapis, emmitouflé dans un plaid Spider-Man qui n’était probablement pas à lui. Un bras dépassait, l’autre caché sous un coussin. Ses lèvres remuaient, comme s’il rêvait de baston ou de clowns maléfiques.Chris dormait toujours, en position fœtale, une jambe posée de manière inquiétante sur le bras du canapé. Il bavait légèrement. Sa respiration était régulière, presque mignonne — si on oubliait le filet de salive.Yeaël les observa quelques secondes, mi-amusée, mi-épuisée par leur simple existence. Puis elle tourna la tête vers la porte fermée de Dean.Elle hésita.Un battement de cœur.Puis deux.Puis elle passa son chemin.Il dormait. Peut-être. Et si ce n’était pas le cas, il avait sans doute besoin de solitude. Comme elle. Comme tous ceux qui portent trop de poids dans le dos.Dans la cuisine, elle mit de l’eau à chauffer. Pas de café instantané : le filtre était foutu. Alors elle improvisa. Thé noir, trop fort. Quelques miettes de pain, à peine comestibles. Un morceau de banane.Petit-déjeuner de guerrière fatiguée.Elle mâchait lentement, les yeux perdus dans le vide, quand une voix rauque s’éleva dans son dos.Tu fais autant de bruit qu’une armée.Elle se retourna. Alec, les cheveux en pét**d, le regard encore collé au sommeil, avançait vers elle à petits pas.T’as une drôle de conception de l’armée, répondit-elle sans se retourner.Pas faux.Il s’installa, récupéra la banane entamée, en arracha un bout, et se mit à mâcher comme un zombie.J’te fais pitié ou t’as décidé de m’empoisonner ? demanda-t-il, la bouche pleine.J’hésite entre les deux.Ils échangèrent un sourire fatigué. Pas d’amour dans ce sourire. Juste une trêve silencieuse entre deux survivants.Chris grogna, se retourna, tomba du canapé avec un bruit sourd. Il se redressa aussitôt, les cheveux en bataille.J’ai rêvé que vous étiez tous des cafards. Et que Dean avait une cape.Ce qui n’est pas si loin de la réalité, lâcha Alec.Yeaël soupira, termina son thé, se leva.Faut que j’y aille. J’ouvre le resto ce matin. Et si j’arrive encore en ret**d, la patronne va me virer en m’accusant d’être “trop mystérieuse pour une serveuse”.Elle a pas tort, fit Chris, les yeux encore mi-clos.Elle attrapa son manteau, son sac, puis fit une pause. Son regard passa de l’un à l’autre.Faites pas de conneries.On fait jamais de conneries, dirent Alec et Chris en chœur.Elle leva les yeux au ciel, puis sortit.Le trottoir était encore humide, la ville encore grise. Elle marcha vite, évitant les regards, les voitures, les souvenirs. Elle pensait à sa mère. À Kinshasa. À Dean. À cette guerre invisible qu’ils ne comprenaient pas encore entièrement.Elle pensait aussi à sa colère. À cette colère muette qui dormait en elle comme une bête.Mais au-dessus de tout ça, une pensée revenait, tenace, douloureuse, douce :Elle était en vie.Et quelque part, quelqu’un savait.Dans l’appartement, Dean ouvrit les yeux au moment précis où la porte d’entrée se refermait derrière Yeaël. Il le sentit dans sa poitrine, comme une absence soudaine d’air.Il se leva, passa la main sur son visage, puis alla à la fenêtre.Elle marchait déjà vite, sac sur l’épaule, cheveux en chignon tordu. Elle ressemblait à une guerrière moderne, en ret**d pour la bataille.Il sourit doucement.Puis son téléphone vibra.Un message de son père.“On a retrouvé la trace d’un certain ‘Colonel Mbemba’. Il a quitté Kinshasa hier soir. Vol privé. Direction : ici.”Dean fronça les sourcils.Mbemba.Ce nom lui disait quelque chose. Il fouilla sa mémoire.Un ancien chef de milice. Un homme puissant, dangereux. Lien connu avec Don Diego dans les années 90. Disparu depuis.Et maintenant il revenait.Ici.Maintenant.Il leva les yeux vers la ville.Quelque chose approchait.Et il n’était pas sûr d’être prêt._____________________________________________________________________________
Chapitre 7 — Le Visage dans la Fumée

Le restaurant-café s’appelait Le Pavé. Un nom prétentieux pour un endroit bancal.Il ne ressemblait pas à ce que les gens s’imaginent quand on dit « restaurant-café ». Ce n’était pas cosy, pas chic, pas parisien. C’était une vieille structure criblée de fissures, au carrelage fendillé, aux lampes suspendues qui grésillaient dès qu’on allumait le four, avec des nappes plastifiées collantes et une odeur persistante de graisse et de mauvais café. Et pourtant, tous les matins, comme une malédiction, le lieu se remplissait de vie, d’agitation, de bruit, de clients trop pressés pour regarder autour d’eux.Yeaël arrivait toujours un peu avant l’ouverture. C’était sa minute à elle. Une minute volée entre le sommeil et le service. Un battement suspendu, entre le rien et le tout.Ce matin-là, elle s’était assise dans la cuisine à demi vide, dos contre la cloison, les genoux ramenés contre elle, respirant doucement les odeurs de levure et de nuit froide. Elle avait encore un peu mal au crâne — un vestige de rêve en swahili, d’une mère au visage flou, d’un coucher de soleil africain que sa mémoire essayait de reconstituer morceau par morceau.Elle repensa à ce qu’elle avait entendu, là-bas, dans le son du rêve :« Jua linapotua, nakuona, mwanangu… »Quand le soleil se couche, je te vois, mon enfant.C’était doux. Trop doux pour le monde réel.Yeaël se leva à contrecœur, enfila son tablier noir rêche, rassembla ses cheveux en un chignon rapide (déjà un fil rebelle s’en échappait), et fit le tour de la salle. Elle remit les chaises au sol, essuya les tables, alluma la vieille radio crachotante qui diffusait des standards oubliés de jazz, puis alluma la machine à café. Le ronflement de la vapeur lui parut presque apaisant. Presque.Le premier client entra à 6h42. Un ouvrier du chantier d’à côté, les mains rugueuses, le regard flou. Elle lui servit un café noir, sans un mot. Il ne parla pas non plus. Il paya en pièces, comme d’habitude. Les pièces tintèrent comme des os dans une boîte.Puis vint un vieil homme à l’odeur de tabac froid. Une femme enceinte qui voulait du pain grillé sans beurre. Deux lycéens mal réveillés. Une jeune fille qui pleurait doucement en mangeant un muffin au chocolat. Yeaël ne posait jamais de questions. Elle servait, elle encaissait, elle observait.Elle vivait dans cette brume quotidienne où les visages passaient sans s’imprimer. Elle ne s’attachait à personne. Surtout pas ici. Surtout pas dans ce quartier où les secrets coulaient plus vite que le café.Elle commençait à ranger quelques tasses quand la clochette de la porte tinta une fois, bruyamment.Et le monde s’arrêta.Il entra doucement. Lentement. Comme s’il connaissait les lieux. Comme s’il ne faisait que revenir, et non découvrir. Il portait un long manteau beige, un chapeau foncé. Il avait les mains fines, les gestes précis. Il s’assit à une table près de la fenêtre, sans même jeter un regard au comptoir.Mais ce n’était pas cela qui l’avait figée.C’était son visage.Ce visage…Elle resta là, paralysée, la main figée autour d’une tasse.Il avait un air de déjà-vu. Mais pas un “déjà-vu” vague et insignifiant. Non. Un “déjà-connu”. Un “déjà-perdu”.Son visage… ressemblait à celui de sa mère.Pas exactement. Pas une copie conforme. Mais dans la ligne du menton, dans l’ovale doux des joues, dans la forme des yeux — il y avait une parenté. Une ressemblance gênante. Comme si l’univers s’amusait à lui tendre un miroir déformé, juste pour la troubler.Elle avança lentement, sans même en avoir conscience. Chaque pas était un effort. Ses doigts tremblaient. Le plateau pesait plus lourd que d’habitude.Bonjour, murmura-t-elle d’une voix qu’elle ne reconnut pas.L’homme releva la tête.Ses yeux la fixèrent.Des yeux sombres. Profonds. Calmes. Trop calmes.Il la regarda longuement, comme si lui aussi cherchait un souvenir enfoui. Puis il sourit. Doucement. Presque tendrement.Bonjour, Yeaël.Le monde s’écroula.Elle sentit le sol se dérober. Juste un instant. Pas assez pour tomber, mais assez pour vaciller.Vous… Comment vous connaissez mon prénom ? demanda-t-elle.Je connais beaucoup de choses sur toi, répondit-il sans arrogance.Sa voix avait un accent. Léger. Un écho d’Afrique. Kinshasa, peut-être. Ou Lubumbashi. Elle n’en était pas sûre. Mais il sonnait comme un souvenir.Il croisa ses doigts devant lui.Je voudrais un café. Noir. Pas trop chaud. Et un peu de ton temps. Si tu acceptes.Elle resta là. Immobile.Le brouhaha du monde autour reprit. La radio grinça. Une voiture passa dehors. Quelqu’un éternua dans la cuisine.Mais pour elle, tout restait suspendu.Elle fit demi-tour, les jambes raides, et prépara son café. Elle le servit en silence. Elle le posa sur la table. Il la remercia d’un hochement de tête. Elle retourna derrière le comptoir. Ses mains s’agitaient. Elle essuyait des verres qui n’étaient pas sales. Elle nettoyait un plan de travail déjà propre.Elle volait du temps. Pour comprendre.Qui était-il ?Pourquoi ce visage ?Pourquoi ce regard… plein d’une tristesse familière ?Il resta là, à siroter son café, lentement. Il ne parlait pas. Il ne l’appelait pas. Il semblait attendre qu’elle vienne à lui. Comme on attend un aveu. Ou une chanson.À 8h24, elle ne tint plus.Elle revint vers lui.Qui êtes-vous ?Il posa doucement la tasse.Je suis un témoin. Du passé. Du tien. Et du sien.Le sien… ?Il inclina la tête.De celle que tu cherches.Yeaël sentit son cœur ralentir.Ma mère ?Il ne répondit pas. Mais son regard suffit.Elle s’assit sans réfléchir. Elle transgressait toutes les règles du service. Elle s’en fichait. Le monde pouvait bien s’écrouler maintenant.Elle est vivante ? demanda-t-elle, les yeux dans les siens.Un silence. Long. Douloureux.Puis il dit :Elle se souvient du coucher du soleil.Yeaël sentit ses yeux la brûler.Il ajouta :Mais pas encore de toi.Ils restèrent là. Longtemps. Il ne dit rien de plus. Il ne donna pas son nom. Il partit avant midi, en laissant un billet trop grand sur la table, et un souffle étrange dans l’air.Quand il quitta le café, il se retourna une seule fois.Juste assez pour que leurs regards se croisent une dernière fois.Puis il disparut dans la lumière du jour.Yeaël resta debout derrière le comptoir, une tasse entre les mains, les lèvres entrouvertes.Et en elle, quelque chose changea.Pas une réponse. Mais une faille.Un commencement.

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17/05/2025

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EXTRAIT DE L'HISTOIRE

Ruby : — Drew, réveille-toi ! hurlai-je en secouant doucement son épaule.

Drew, à moitié endormie, grogne et remonte la couette par-dessus sa tête.

Drew : — Laisse-moi dormir... murmure-t-elle d'une voix ensommeillée.

Ruby : — Debout, petite fainéante ! On va encore être en ret**d pour l'école.

Drew pousse un soupir résigné, mais ne bouge pas d'un centimètre. Son manque de réaction me fait lever les yeux au ciel. Décidée à ne pas me laisser faire, je me dirige vers la cuisine, remplis un seau d'eau froide et retourne dans sa chambre.

Sans hésiter, je verse l'eau sur elle. Drew sursaute violemment et pousse un cri de surprise.

Drew : — Pu**in, Ruby ! crie-t-elle, rouge de colère, trempée des pieds à la tête.

Je ne peux m'empêcher de rire en voyant l'expression outrée sur son visage.

Ruby : — Allez, la marmotte, il est presque huit heures ! Si on traîne encore, on va être en ret**d.

À peine ma phrase terminée, son regard passe de la colère à la panique. Elle bondit hors du lit et se précipite vers la salle de bain comme si sa vie en dépendait. Je pouffe de rire en la regardant filer, sachant pertinemment qu'il n'est que 7 h 15.

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Devant notre école immense, dont l'architecture gothique rappelle les décors d'Harry Potter, ma sœur et moi restons figées, les yeux rivés sur les grandes portes imposantes. L'angoisse noue mon estomac, et un frisson me parcourt l'échine. Nos regards se croisent, et dans ce silence pesant, nous cherchons le courage d'affronter à nouveau les démons de notre passé.

Une voix familière retentit derrière nous, brisant notre bulle de tension.

KB : — Mais qui voilà ? Nos sœurs adorées !

Nous nous retournons et esquissons un sourire forcé. KB, de son vrai nom Karibu, arbore son éternel sourire moqueur.

KB : — Si quelqu'un m'avait dit que vous reviendriez un jour à Johannesburg, je lui aurais certainement ri au nez !

Je tourne la tête vers Drew, et mon cœur se serre en voyant son expression mélancolique. Elle fixe l'école avec un regard chargé de souvenirs douloureux, les yeux brillants de larmes qu'elle tente de retenir.

Je lui prends doucement la main, la pressant pour lui rappeler que je suis là. Un sourire rassurant se dessine sur mes lèvres.

Cet endroit est imprégné d'histoires, des souvenirs qui pèsent lourd. Revenir ici, après toutes ces années, est plus difficile que nous ne l'aurions imaginé.

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