23/08/2026
EN RDC
Moi, j’ai compris une chose : vivre à Kinshasa, ce n’est pas seulement vivre. C’est faire du service militaire tous les jours sans uniforme.
Chaque matin, ma journée commence à 5 heures.
Je me réveille, je regarde le plafond et je me dis :
— Seigneur, merci de m’avoir réveillé.
Mais parfois, je me demande si Dieu n’aurait pas pu me laisser dormir encore trente minutes.
Parce que ma première erreur, c’est d’allumer la radio.
À peine j’appuie sur le bouton que j’entends :
— « Guerre ici, crise là-bas, détournement par-ci, scandale par-là… »
Moi, je suis encore couché, les yeux à moitié ouverts, mais mon cœur a déjà commencé à courir.
Je me dis :
— Hééé Seigneur ! Même le petit-déjeuner n’est pas encore arrivé, pourquoi vous me donnez déjà les problèmes du pays ?
Je coupe la radio.
Mais c’est fini.
Ma tension est déjà au travail avant moi.
Je descends du lit.
À peine j’ai posé mes pieds par terre que ma femme commence :
— Chéri…
Quand une femme commence une phrase par « chéri » à 5 heures du matin, moi je sais déjà que ce n’est pas pour me dire « je t’aime ».
— Oui, maman ?
— Le riz est fini.
— Ah bon…
— Les enfants doivent payer la scolarité.
— Hmm…
— Le loyer approche.
— D’accord…
— Ta belle-famille a un problème.
Là, je m’assois.
— Encore ?
Elle continue :
— Et le petit a perdu son cahier.
Je regarde ma femme.
Je regarde le plafond.
Je regarde ma vie.
Je me demande :
« Mais moi-même, qui va me prendre en charge ? »
Je décide d’aller prendre une do**he pour calmer mon esprit.
J’ouvre le robinet.
Rien.
Je ferme.
J’ouvre encore.
Toujours rien.
Je secoue même le robinet, comme si l’eau était cachée quelque part.
— Mama eau, s’il te plaît, viens seulement aujourd’hui…
Rien.
Je prends mon seau et je pars au forage.
Quand j’arrive, je trouve une file tellement longue que je croyais qu’on distribuait l’argent de la paie.
Deux cents personnes !
Les enfants te dépassent.
Les mamans te regardent comme si tu avais insulté leur famille...